La création des conseils de prud’hommes remonte à
la loi du 18 mars 1806 et au choix fait par Napoléon d’établir
la première de ces juridictions à Lyon. L’Empereur
répond alors à une demande de la chambre de commerce
de Lyon et des manufacturiers de la fabrique de la soie, qui avait
connu au XVIIIe siècle un bureau de conciliation entre les
maîtres. Destinée à juger les conflits relatifs
à la production et aux relations de travail, la nouvelle institution
comporte des spécificités lyonnaises, notamment l’inégalité
de la représentation entre les cinq négociants-fabricants
et les quatre chefs d’atelier qui la composent. La loi de 1806
prévoit en même temps son extension, ce qui fut le cas
pour une trentaine de villes d’industrie textile sous le premier
Empire, avec un nombre variable de membres élus, mais toujours
un siège de plus pour les patrons que pour les contremaîtres
et ouvriers patentés, les simples ouvriers n’étant
pas admis.
Au cours du XIXe siècle, les conseils de prud’hommes
s’ancrent dans le paysage judiciaire et social de la France.
Leur nombre augmente – celui de Paris étant créé
en 1844-1847 – pour dépasser les quatre-vingts au milieu
du siècle. La procédure préalable de conciliation
aboutit dans 90% des cas et les jugements s’efforcent de développer
des jurisprudences sur la base des usages locaux.
De ce fait, les prud’hommes suscitent l’intérêt
du mouvement ouvrier : en 1848, tous les ouvriers deviennent électeurs
et éligibles et, en 1880, le -président et le vice-président
sont élus selon le système de la parité. Une
loi de 1905 supprime la voix prépondérante du président
et transfère les appels des tribunaux de commerce aux tribunaux
civils. Pendant leur deuxième siècle d’existence,
les conseils de prud’hommes ont été étendus
à de nouvelles professions, ouverts aux femmes (1907-1908)
et aux étrangers : instruments du -capitalisme naissant, ils
sont devenus des éléments clés de la démocratie
sociale.