1°) Le Maroc
Par une déclaration commune du 2 mars 1956, le gouvernement
français confirme solennellement la reconnaissance de l’indépendance
du Maroc. Une dernière convention est signée à
Paris le 28 mars ; le Maroc, qui retrouve sa pleine et entière
souveraineté, s’engage à se concerter avec la
France dans le domaine de la politique extérieure.
Telle est définie « l’indépendance dans
l’interdépendance ».
2°) La Tunisie
Par un protocole du 20 mars 1956 signé avec le gouvernement
tunisien, la France reconnaît solennellement l’indépendance
de la Tunisie.
3°) L’Algérie
Guy Mollet, nouveau président du Conseil, vient à
Alger le 6 février 1956, peu après son investiture.
Les partisans de l’Algérie française manifestent
à cette occasion pour marquer leur opposition à la
nomination au poste de ministre-résidant du général
Catroux, accusé de « brader l’Empire ».
Insultes et projectiles divers sont lancés contre le chef
du gouvernement. Le jour même, le général Catroux
démissionne et le socialiste Robert Lacoste le remplace.
Le 12 mars, l’Assemblée nationale vote à une
écrasante majorité (455 voix contre 76) une loi habilitant
le gouvernement à prendre en Algérie « toutes
mesures exceptionnelles en vue du rétablissement de l’ordre,
de la -protection des personnes et des biens et de la sauvegarde
du territoire ». Par un décret du 17 mars, le gouvernement
transfère au ministre-résidant l’essentiel des
pouvoirs spéciaux que le Parlement lui avait accordés,
avec même la possibilité pour lui de les déléguer
à l’autorité militaire.
Sous la pression de Robert Lacoste et de l’état-major,
le gouvernement décide, pour augmenter le nombre d’appelés
disponibles, le rappel du contingent de l’année 1953.
Un mois plus tard, le rappel sera étendu aux contingents
1952 et 1951. L’armée disposera ainsi de plus de 300
000 hommes en Algérie.
En octobre, sans en avertir le gouvernement, l’armée
de l’air arraisonne l’avion qui, à la demande
du roi du Maroc, conduisait à Tunis quatre des neuf chefs
historiques du FLN, dont Ben Bella, et les capture. Cette opération,
qui avait pour but de décapiter la tête de ce mouvement,
contribuera au contraire à son unification et mettra fin
aux pourparlers que le président du Conseil avait secrètement
engagés pour négocier un cessez-le-feu et un accord
politique. Cet « acte de piraterie » aura également
pour effet de provoquer une tension extrême entre la France
et les nouveaux gouvernements du Maroc et de la Tunisie.
Denis Peschanski
directeur de recherche au CNRS
centre d’histoire sociale du XXe siècle
université de Paris I – Panthéon-Sorbonne