Issu d’un milieu de fonctionnaires et de commerçants,
fils d’un officier des douanes, Frédéric Le Play
gravit un à un les degrés de la méritocratie.
Polytechnicien et ingénieur des Mines (1830), il accomplit,
au service de l’État, une carrière d’expert
économique et technique, de chercheur et d’enseignant
en science métallurgique.
Le milieu du siècle marque un tournant dans cette existence
déjà remarquable. La révolution de 1848 décide
Le Play à se consacrer à l’étude des sociétés.
En 1855, il publie Les Ouvriers européens, fruit de quinze
années d’enquête sur les classes ouvrières
des pays européens, de l’Oural à l’Atlantique,
de la Scandinavie à la Méditerranée. L’ingénieur
se mue définitivement en sociologue. Il fonde la Société
internationale des études pratiques d’économie
sociale (1856) qui a pour but l’étude comparée
de la condition des ouvriers et de leurs rapports avec les autres
classes de la société. Ses membres multiplient les monographies
de familles ouvrières selon le modèle d’enquête
inventé par Le Play.
Celui-ci, devenu conseiller d’État (1856), tire les conclusions
pratiques de ses recherches dans La Réforme sociale en France
(1864) où il dresse un programme des réformes nécessaires
à la prospérité durable de la société
-française. Commissaire général de l’Exposition
universelle de 1867, Le Play, dont la notoriété est
alors à son zénith, même si ses avis sont peu
suivis d’effet, est nommé sénateur.
Après la chute de l’Empire, Le Play poursuit son action
sur deux plans. Il s’efforce de rassembler différents
courants de pensée autour de son projet réformateur
et, à cette fin, crée les Unions de la paix sociale,
fortes bientôt de -plusieurs centaines de membres. Simultanément,
il enrichit sa méthode d’enquête et encourage la
réalisation de monographies de sociétés.
À sa mort, le 5 avril 1882, Le Play laisse plus qu’une
œuvre personnelle, une école intellectuelle qui va prolonger
ses travaux et concourir à la fondation des sciences sociales.