La gloire de Delaroche fut égale sous la monarchie de Juillet
à celle de -Delacroix son exact contemporain. Né à
Paris en 1797, il commence sa formation dans l’atelier de Watelet
puis dans celui de Gros. Il fait ses débuts au Salon en 1822,
et celui de 1824, capital pour l’affirmation du mouvement romantique,
voit le premier grand succès de Delaroche : il y présente
Filippo Lippi devient amoureux de la religieuse qui lui servit de
modèle (Dijon, musée Magnin) et Jeanne d’Arc malade
est interrogée dans sa prison (Rouen, musée des beaux-arts).
La recherche d’une certaine vérité historique
et une couleur saturée répondent aux nouveaux critères
esthétiques. Puis en 1827 La mort d’Élisabeth
Ire d’Angleterre (Paris, musée du Louvre) traite pour
la première fois un sujet d’histoire moderne considéré
par le public comme l’expression même de son époque
par le sujet, la composition et la palette. En 1831, Delaroche, avec
trois tableaux Le cardinal de Mazarin mourant et Le cardinal de Richelieu
(les deux, Londres, Wallace collection) et particulièrement
Les Enfants d’Édouard (Paris, musée du Louvre),
immense succès, qui inspire à Casimir Delavigne, auteur
à la mode, une tragédie qui remporte un extraordinaire
triomphe.
L’année suivante, Delaroche est élu à l’Institut
à l’âge de 35 ans. Il devient le plus jeune membre
de cette illustre assemblée et le premier représentant
du nouveau mouvement face à tous les davidiens. En 1834, il
est nommé professeur à l’École des beaux-arts
; au Salon de cette année, L’Exécution de Jane
Gray (Londres, National Gallery), image concise et dramatique, est
le dernier succès public remporté par le peintre. Il
se consacre à de grandes décorations dont l’emblématique
hémicycle de l’École des beaux-arts, et à
de nombreux portraits parmi lesquels celui du Comte James de Pourtalès-Gorgier
(1846, Paris, musée du Louvre).
Par le choix de ses sujets et leur traitement, Paul Delaroche illustre
parfaitement l’esthétique romantique ; comme Victor Hugo,
Gaetano Donizetti et surtout Alexandre Dumas, il peint d’émouvants
drames historiques. Il reconstitue patiemment l’Histoire, qu’il
charge de passions extrêmes, le particulier et l’anecdote
prenant une valeur universelle. Il mélange une grande nouveauté
des sujets à un certain conformisme dans le langage plastique
et à une référence constante aux grands maîtres
du passé.
Homme de son temps par le choix du sujet et par la façon dont
il le traite, il fait preuve d’une imagination profonde, dans
un style grave, élégant et serein. La puissance et la
célébrité des images que Delaroche avait créées
firent que l’Europe entière vécut pendant plus
de quarante ans de son esthétique.