Fils et petit-fils d’architectes, beau-frère de Jules
Hardouin-Mansart, Robert de Cotte est auprès de lui, de 1685
à 1708, son premier adjoint dirigeant son agence et participant
avec efficacité à l’élaboration et à
l’exécution de ses projets.
Reçu à l’Académie d’Architecture
en 1687, Robert de Cotte entreprend, sur ordre de Louvois, en août
1689, un voyage instructif de six mois en Italie qu’il consacre
à l’examen appliqué des monuments de la péninsule,
de Rome à Turin, en passant par Florence, Venise et Gênes.
Nommé en 1700 contrôleur des Bâtiments du Roi au
département de Paris, il est anobli en 1702 et succède
en 1708 à Jules Hardouin-Mansart dans les charges de Premier
Architecte du Roi.
De cette longue et fructueuse collaboration entre les deux architectes,
il est difficile de mesurer avec exactitude la part effective prise
par chacun d’eux dans l’élaboration et l’exécution
des nombreux projets réalisés au cours des trente dernières
années du règne de Louis XIV, qu’il s’agisse
de commandes royales telles que la chapelle et le grand Trianon à
Versailles, l’aménagement du chœur selon le vœu
de Louis XIII à Notre-Dame de Paris, ou bien de -commandes
privées parisiennes ou provinciales (chœur de l’église
Saint-Paul, place Vendôme, hôtel de ville et place Bellecour
à Lyon, flèche de la cathédrale d’Orléans).
J.-F. Blondel signale que « l’intégrité
et la capacité de Robert de Cotte lui attirèrent la
confiance de tous les grands seigneurs et le suffrage de ses contemporains
». Effectivement, les commandes de la « haute société
» se -multiplient, signe prémonitoire puis réalité
du retour momentané de la Cour à Paris après
la mort de Louis XIV. Nous notons, dans le faubourg Saint-Germain,
les hôtels du Lude, d’Estrées, du Maine, de Belle
Isle ou, dans le quartier du Palais Royal, les aménagements
intérieurs de l’hôtel de Toulouse et de la grande
chancellerie, place Vendôme.
Il réalise en outre à Paris des immeubles de rapport,
certains pour son propre compte (rue Saint-Honoré, rue de Lille
et quai Anatole-France).
L’œuvre de Robert de Cotte ne se limite pas à la
seule architecture civile parisienne. Elle touche également,
toujours parmi les réalisations les plus notoires, la province
(le château de Thouars, les palais épiscopaux de Verdun,
Reims, Strasbourg, Metz et les aménagements du château
de Saverne), l’architecture religieuse (abbaye de Saint-Denis,
façade de l’église Saint-Roch), les équipements
publics (pompe de la Samaritaine, château d’eau et agrandissement
de la place du Palais Royal, caserne des Mousquetaires noirs, projet
de place à la gloire de Louis XV à Bordeaux). Elle concerne
également les commandes du roi Louis XV revenu à Versailles
(décoration du salon d’Hercule et de la chambre de la
Reine ; transfert de la bibliothèque du Roi et cabinet des
médailles à l’hôtel de Nevers ; décoration
du château de Madrid ; projet de transformations au château
de Fontainebleau ; aménagement du bois de Vincennes aux abords
du château).
Pour répondre à la multiplicité des commandes,
Robert de Cotte, à l’image de son prédécesseur,
disposait d’une agence bien structurée composée
d’excellents collaborateurs. Le précieux fonds de dessins,
qui comprend -également les archives de François Mansart
et celles de son beau-frère, pertinemment rassemblées
par Robert de Cotte, et fort heureusement conservé aujourd’hui
à la Bibliothèque nationale ainsi qu’à
celles de l’Institut et du -National Museum de Stockholm, illustre
l’importance du nombre des projets qu’il a réalisés
ou seulement supervisés, en laissant à son équipe,
compte tenu de ses lourdes charges, le soin de suivre l’exécution
des travaux à Paris (hôtel de Beauvais) et surtout en
province et à l’étranger.
Fidèle à la tradition de Jules Hardouin-Mansart, respectueux
des -doctrines de l’Académie et des préceptes
de J.-F. Blondel, Robert de Cotte traite avec un soin tout particulier
la distribution intérieure dans le souci d’obtenir la
meilleure « commodité ». Il excelle dans la décoration
où il introduit progres-sivement plus d’imagination et
de liberté dans la mise en œuvre de la grammaire décorative,
les lambris, les cheminées et les trumeaux de glace agrandissant
et mettant en valeur, par le jeu de leurs reflets, les espaces intérieurs.
Sa renommée est telle que les cours étrangères
vont le solliciter. Il intervient en Rhénanie pour Joseph-Clément,
électeur de Cologne (palais de Bonn, châteaux de Poppelsdorf,
de Brühl), Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière
(château de Schleissheim), le prince de Thurn und Taxis (résidence
à Frankfort), le prince-évêque Johann Phillipp
de Schönborn (résidence de Würzburg), la maison de
Savoie (château de Rivoli et pavillon de chasse de la Vénerie
près de Turin), le roi Philippe V d’Espagne (Palais Royal
à Madrid et résidence de Buen Retiro).
Ces interventions illustrent le succès grandissant des architectes
du règne de Louis XV dont Robert de Cotte est le plus brillant
représentant. Ces derniers participent, par le biais de leurs
interventions, de leurs projets, de leurs élèves et
collaborateurs, au rayonnement de l’art de Versailles à
l’étranger, principalement au sein des grandes demeures
princières d’Europe.