Théodore Chassériau demeure, parmi les peintres majeurs
de l’époque romantique, l’une des figures les moins
connues du grand public, bien qu’une importante rétrospective
consacrée à ses peintures, dessins et gravures ait tenté
de lui rendre justice en 2002 (Paris, Grand Palais ; Strasbourg, Palais
Rohan; New York, Metropolitan Museum of Art).
Fils d’un diplomate que les activités consulaires avaient
entraîné dans les Caraïbes, le jeune Théodore,
né d’une mère créole, ne devait demeurer
que peu de temps dans l’île de Saint-Domingue. De retour
à Paris dès 1821, il affirmait très rapidement
son goût pour le dessin, ce qui lui permit d’entrer à
l’âge de onze ans dans l’atelier de formation le
plus en vue de l’époque, celui d’Ingres, installé
à Paris depuis 1824. Très vite repéré
comme un des élèves les plus doués, il connaissait
le succès dès le Salon de 1839 avec deux de ses chefs-d’œuvre,
Vénus marine et Suzanne au bain. Après un séjour
de huit mois en Italie en 1840-1841, il prenait conscience de la distance
qui le séparait désormais de « l’ingrisme
» orthodoxe, et se tournait vers un style de peinture plus poétique,
dans lequel s’affirmait sa personnalité imaginative et
son goût pour les sujets littéraires. Un voyage en Algérie
en 1846 allait renforcer les colorations audacieuses de sa palette,
ce que lui reprocherait une partie de la critique, l’accusant
de passer du camp d’Ingres (celui de la ligne) à celui
de son grand rival Delacroix. La critique moderne a tenté de
démontrer qu’il se situait en fait ailleurs qu’entre
ces deux grandes tendances du milieu du siècle, et que c’était
un tout autre romantisme qu’il entendait cultiver.
Mort très jeune, Chassériau a laissé de nombreux
tableaux de chevalet, mais aussi d’importantes décorations
à Paris, dans les églises Saint-Merri (Cycle de la vie
de sainte Marie l’Égyptienne) comme à Saint-Roch
et à Saint-Philippe du Roule (Descente de croix) ; son œuvre
maîtresse, le grand cycle décoratif de la Cour des Comptes
(1844-1848, près de trois cents mètres carrés
de peintures à sujets allégoriques), presque entièrement
détruit par le feu en 1871 pendant la Commune, n’a survécu
qu’à l’état de fragments, conservés
et désormais exposés au Louvre. Grâce à
l’inlassable action de son neveu, le baron Arthur Chassériau,
une grande partie de son œuvre est entrée dans les musées
français en 1934, dont un extraordinaire ensemble de plus de
2 200 dessins et 37 carnets et albums conservés au département
des arts graphiques du Louvre.