Né à Aix-en-Provence, passionné très
jeune par la botanique, il partit au Sénégal, à
vingt-deux ans, en 1749, au service de la Compagnie des Indes. Là,
il apprit le wolof, observa les sociétés et leurs usages,
étudia la faune et la flore et décrivit en particulier
le baobab. Rentré en France en 1754, il publia en 1757 une
Histoire naturelle du Sénégal, entra en 1759 à
l’Académie des sciences dont il était déjà
membre correspondant. Son expérience tropicale l’ayant
convaincu de l’insuffisance des classifications existantes,
il en proposa une nouvelle en 1763 dans les Familles des Plantes.
En contact avec Buffon et Bernard de Jussieu, adversaire de Linné,
qui néanmoins donna en son honneur au baobab le nom scientifique
d’Adansonia digitata, Adanson fut plus admiré que suivi.
Son originalité, qui va jusqu’à l’utilisation
d’une orthographe radicalement réformée, sa virulence
polémique, ainsi qu’une volonté encyclopédique
un peu démesurée, expliquent un isolement relatif.
La postérité n’a cessé de le relire. Certains
auteurs, ayant relevé ses remarques sur la variabilité
des espèces, ont vu en lui un des pionniers du transformisme.
En fait, son apport le plus durable à l’idée d’évolution
est d’avoir contribué à la division du règne
végétal en familles naturelles, une classification dont
le XIXe siècle établira le fondement généalogique.
Sa méthode pour former les familles a connu une réinterprétation,
résolument moderne, dans les années 1960 avec la taxinomie
numérique. Mais il ne suffit pas de décrire et de classer
les espèces, il faut les nommer. L’actualité d’Adanson
est aussi dans son respect pour les noms locaux et les savoirs dont
ils sont porteurs.
Observateur attentif, théoricien audacieux, Adanson nous rappelle
opportunément que l’histoire naturelle d’un pays
ne peut se séparer de l’histoire des hommes et des sociétés
qui l’habitent.
Jean-Marc Drouin
directeur-adjoint du centre Alexandre Koyré
professeur au Muséum national d’histoire naturelle