Winterhalter, le nom est prononcé et devant les yeux se présentent
de lumineuses compositions ou des portraits subtils, mettant en valeur
l’ovale d’un visage, la beauté d’une épaule,
le chatoiement d’une robe ou la richesse d’un bijou. «
On dirait qu’à toute tête auguste il faut la consécration
du pinceau de Winterhalter » écrit Stevens en 1863 et ce
fut en vérité le cas, surtout en France où il vécut
de 1834 à la chute du Second Empire.
Fils d’un agriculteur, Franz-Xaver est resté toute sa vie
attaché à ses -origines badoises et à sa famille.
C’est d’ailleurs en Allemagne, à Fribourg, auprès
de Karl-Ludwig von Schüler, puis à Munich, à l’Académie
et dans l’atelier de Josef Stieler que Winterhalter se forme avec
son frère Hermann, également peintre, qui l’accompagne
toute sa vie. Mais bientôt, en 1832, l’étude des
maîtres italiens s’impose et de Rome, où son adresse
est Poste restante, Caffé Greco,
via Condotti, il rapporte traditionnelles
scènes de genre et portraits. Il y trouve aussi l’inspiration
de quelques portraits de groupe comme Il
dolce farniente qui est son premier grand
envoi au Salon de 1836, ou le Decameron.
Dès 1831, juste retour des choses pour celui qui l’avait
pensionné, Winterhalter exécute le portrait de Léopold,
grand-duc de Bade, dont il est nommé peintre de la cour en 1834,
puis celui de la grande-duchesse Sophie. Quelques années plus
tard, en 1838, alors qu’il est installé à Paris
depuis bientôt quatre ans, c’est Louise-Marie, reine des
Belges, qui pose devant lui, puis la princesse Clémentine d’Orléans,
le duc de Brabant,... Par la reine des Belges et sa mère, la
reine Marie-Amélie, il devient rapidement le portraitiste du
roi -bourgeois et des siens, concurrençant ainsi le pinceau d’Ingres.
Bientôt ce sont la reine Victoria et le prince consort qui posent
pour l’artiste qui, de 1842 à 1847, séjourne régulièrement
à Buckingham Palace et à Windsor. Pour eux, il peindra
des dizaines de peintures dont « le tableau favori de mon bien-aimé
Albert » est cette étonnante Victoria
aux cheveux défaits de 1843. Et la
Reine de noter au moment de sa mort : « Ses œuvres, avec
le temps, rejoindront celles d’un Van Dyck. » Plus conventionnels
sont parfois les portraits d’autres souverains ou princes, qu’ils
soient d’Autriche ou de Saxe, du Portugal ou de Russie ; d’autres
sont plus brillants comme celui du maharadjah Duleep Singh en 1854.
Vient le Second Empire. Cette époque faste de la vie de cour
en France constitue la période la plus célèbre
de la carrière de Winterhalter, celle où il se montre
le plus inventif, offrant à ses modèles le reflet d’une
vie heureuse et brillante. Il multiplie les portraits d’Eugénie,
comme des princes et des figures de proue, le plus souvent des femmes,
du monde de son temps, une société que, paradoxalement,
il fréquenta peu. Fait significatif, il ne fit qu’un seul
séjour à Compiègne, en 1853, en même temps
que sa première protectrice, la grande-duchesse de Bade.
Évoquant Winterhalter l’on ne saurait omettre d’évoquer
son chef-d’œuvre, le célébrissime L’Impératrice
Eugénie entourée de ses dames d’honneur
du musée du Second Empire du château de Compiègne,
figure combien emblématique de la version légère
et fastueuse, élégante et triomphante du règne
de Napoléon III et d’Eugénie et témoignage
de la virtuosité du pinceau habile et délicat et de la
richesse de la palette de l’artiste.
« Monsieur Winterhalter a toujours cherché la grâce,
et il l’a souvent trouvée ; sa manière coquette
et brillante se rapproche de celle des Anglais » déclare
Théophile Gautier. Bien qu’un peu réducteur, ce
jugement résume ce que beaucoup d’amateurs pensent d’un
artiste, pourquoi ne pas dire d’emblée d’un portraitiste,
plus européen que badois. Car comment ne pas noter que la carrière
de ce peintre qui, très tôt, a trouvé un style qui
a su séduire les grands de son époque, est avant tout
européenne et bien souvent française ? Au moment de son
décès, à l’âge de soixante-huit ans,
c’est bien, en effet, le miroir flatteur d’une époque
fastueuse, où le Second Empire tint une place de choix, que laisse
à la postérité Franz-Xaver Winterhalter.