Journaliste, essayiste, romancier et promeneur
d’art, Werth est un témoin capital de la première
moitié du vingtième siècle ; ami des historiens
Marc Bloch et Lucien Febvre, des écrivains Charles-Louis Philippe,
Mirbeau, Marguerite Audoux, Larbaud, Fargue et Saint-Exupéry,
il manifeste constamment son intérêt pour les grandes et
petites choses de l’Histoire.
Parrainé par Mirbeau (sans succès) auprès des jurés
du Goncourt en 1913 pour son roman La Maison
Blanche, il l’aide à la fin de sa vie à terminer
son roman Dingo et défend l’intégrité
de sa pensée après sa mort. À la suite de ce -premier
récit atypique de son expérience de l’hôpital,
Werth écrit un roman acerbe sur la guerre de 1914-1918, Clavel
soldat, considéré par Norton Cru comme un des récits
les plus exacts parus alors. Son anti-conformisme se retrouve dans ses
articles pour des revues comme les Cahiers d’Aujourd’hui
dirigés par Besson. Ses chroniques littéraires et artistiques
défendent les peintres de l’avant-garde entre impressionnisme,
fauvisme, arts décoratifs et populaires : Monet, Bonnard, Marquet,
Signac, Vlaminck, Francis Jourdain, Rulhman… et les architectes
Loos, Le Corbusier, Freyssinet.
En 1926, son livre Cochinchine, qui stigmatise
le conformisme colonialiste, lui vaut de nombreuses critiques mais aussi
l’estime de Malraux. Werth appartient au comité de rédaction
de Monde dirigé par Barbusse ;
il en est le rédacteur en chef en 1932, puis écarté
pour ses positions anti-staliniennes et la défense de Victor
Serge. Il rédige alors des critiques de cinéma dans la
revue Europe sous la direction de Jean Cassou. Dans les années
trente naît une amitié indéfectible avec Saint-Exupéry
qui écrira pour lui Lettre à un otage et lui dédiera
pendant la guerre depuis New York Le Petit Prince.
Cette dédicace touchante «… à Léon
Werth quand il était petit garçon » est souvent
la seule connaissance du grand public sur Werth.
Ses prises de position politiques contre le fascisme et le nazisme,
ses origines juives, le contraignent à l’exode ; 33
jours décrit ce périple. Son journal, où
il se dit gaullien, tenu pendant quatre ans dans sa maison de Saint-Amour
« entre Bresse, Bourgogne et Jura » paraît en 1946
sous le titre Déposition grâce
à Poulaille. Pour Febvre, ce témoignage est un document
historique dont les analyses sont trop précoces pour être
comprises alors.
Non sans s’interroger sur les conceptions de l’histoire
chères à Bloch et à Febvre, Werth s’intéresse
aux faits divers, aux procès de cour d’assises et rend
compte de sa passion pour la danse et le music-hall.
« Tous les aspects de la vie l’ont attiré et séduit
». Dans les années vingt, il réfléchit, comme
ses amis Vildrac et Wallon, sur l’enfance, et dans ses romans
à caractère psychologique
sur les facettes de l’amour dans une société éloignée
du romantisme.
L’écriture de Werth est à son image, rare, dénuée
de préciosité, rejetant lieux communs, adjectifs séduisants
ou métaphores faciles.