Inclassable et exclu de toute
école, Maurice Utrillo est inscrit dans l’histoire de l’art
parmi les artistes de l’instinct. « Pas ordinaire, ça,
pas ordinaire ! » marmonnait-il devant ses chefs-d’œuvre,
ceux de la période blanche, de 1908 à 1914, qui fit de
lui un des plus grands paysagistes du vingtième siècle.
Le 26 décembre 1883, à 13 heures, au 3, rue du Poteau,
près de Notre-Dame de Clignancourt, naît Maurice Valadon,
fils de Marie Valadon et de père inconnu. La « terrible
Maria », surnommée ainsi par Degas, disait qu’elle
ne savait pas elle-même qui était le père de Maurice.
Maurice Boissy, habitué du cabaret du Lapin Agile ? Puvis de
Chavannes pour qui elle posait ? Miquel Utrillo ? Ce peintre et journaliste
espagnol, dans le doute, reconnaîtra l’enfant à la
mairie de la rue Drouot, le 27 janvier 1891. Au 7 de la rue Tourlaque,
Maurice est élevé par sa grand-mère tandis que
sa mère pose pour Toulouse-Lautrec qui lui donne le prénom
de Suzanne.
Pour occuper son fils de plus en plus instable, Suzanne lui offre couleurs
et pinceaux et découvre ses dons. De l’automne 1903 à
l’hiver 1904, il peint à Montmagny dans un style impressionniste
cent cinquante toiles qu’il signe Maurice Valadon, puis il élargit
ses touches, écrase ses blancs au couteau, mélange le
plâtre et la colle afin que ses murs soient encore plus vrais.Après
1914, sa peinture deviendra architecturale et de plus en plus colorée.
La rencontre de sa mère avec le peintre Utter de deux ans son
cadet, en 1909, le bouleverse. Il trouve son salut dans l’alcool.
Dans l’atelier de Suzanne, au 12 de la rue Cortot, le «
trio infernal » s’entredéchire. Maurice délire
d’hôpitaux en cure de désintoxication. Prisonnier
de l’amour sacré qu’il porte à sa mère
et du gros rouge, il peint à Montmartre : rues, églises,
escaliers qu’il a tant de mal à gravir et des ciels limpides,
transparents qui, à eux seuls, révèlent ses élans
mystiques. Enfermé dans un réduit, Maurice s’inspire
de paysages de cartes postales mais il y ajoute l’essentiel :
sa vérité.
Le 29 avril 1935, Utrillo quitte sa mère, avenue Junot, pour
épouser Lucie Valore, meurt le 5 novembre 1955 à l’hôtel
Le Splendid à Dax, et repose à Montmartre, au cimetière
Saint-Vincent.