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Célébrations nationales 2005
Vie politique et institutions

Le « soleil » d’Austerlitz ou la bataille des trois Empereurs
2 décembre 1805


> programmle des manifestations

Allégorie de la victoire d'Austerlitz, 2 décembre 1805

Allégorie de la victoire d'Austerlitz, 2 décembre 1805
huile sur toile d'Antoine-François Callet
châteaux de Versailles et de Trianon
© RMN/Jean Lewandowski


Le 2 décembre 1805, au petit matin, quand le brouillard qui entourait le plateau de Pratzen se dissipa et quand parut dans le ciel dégagé un soleil éclatant, « Napoléon, raconte Tolstoï dans La guerre et la paix, comme s’il n’avait attendu que ce moment, déganta une de ses belles mains blanches, fit de son gant un geste aux maréchaux et donna l’ordre d’engager la bataille. Les maréchaux et leurs aides de camp galopèrent dans différentes directions et, au bout de quelques minutes, les forces principales de l’armée française se -portèrent rapidement vers le plateau de Pratzen que les troupes russes abandonnaient de plus en plus pour gagner vers la gauche le ravin. »

Ainsi débuta, le jour anniversaire du sacre, la plus belle des batailles livrées par Napoléon. En face, sur le plateau de Pratzen, les deux autres Empereurs : l’Autrichien et le Russe, François II et Alexandre Ier, alliés contre la France. Malgré l’éclatante victoire d’Ulm en octobre et son entrée dans Vienne le 14 novembre, Napoléon n’était pas dans une position favorable.
Assurément il avait déjà reconnu le terrain le 21 novembre et annoncé à ses aides de camp et à ses officiers d’ordonnance : « Jeunes gens, étudiez bien ce terrain, nous nous y battrons. » Certes tous les maréchaux, ou presque, étaient là : Ney, Soult, Davout, Lannes, Bernadotte, Murat … et il disposait d’une armée bien entraînée au camp de Boulogne.

Mais l’ennemi était dans une position dominante et inexpugnable, occupant le plateau de Pratzen et disposant d’un avantage numérique qui -risquait de se renforcer si l’archiduc Charles arrivait à temps.
En revanche, Napoléon était loin de ses bases et manœuvrait en pays ennemi. Une défaite deviendrait un désastre.
Le plan de Napoléon était simple, marqué de l’avis unanime du sceau du génie.
Il s’agissait d’acculer l’ennemi à la faute en faisant soi-même une faute.

Napoléon dégarnit de façon en apparence absurde son aile droite confiée à Davout pour inciter l’ennemi à descendre du plateau de Pratzen pour enfoncer les Français et les encercler. Pour attaquer Davout, les forces austro-russes devaient abandonner leur système défensif et, le temps de descendre, présenter le flanc à un assaut français. Koutousov, étonné par la faute grossière commise par Napoléon affaiblissant son aile droite, devina la ruse mais ne fut pas écouté.
Pour précipiter le mouvement ennemi, Napoléon feignit de préparer un repli, incitant ainsi les deux Empereurs à attaquer rapidement. Dans la nuit qui précéda la bataille, la Grande Armée célébra la veille de l’anniversaire du sacre en allumant partout des feux et en multipliant les vivats. « C’est la plus belle -soirée de ma vie », déclara Napoléon.

Au matin du 2 décembre, Napoléon découvrit l’erreur ennemie. Davout était prêt à subir le choc et s’acquitta parfaitement de sa mission. Napoléon fit alors attaquer par Soult le plateau de Pratzen où l’adversaire en mouvement n’était pas préparé à cette attaque et fut taillé en pièces. De leur côté Lannes et Murat, sur l’aile gauche, enfonçaient Bagration.


Coignet raconte :
« Les tambours répétaient :
Rantanplan, ran,
On va leur percer le flanc,
Que nous allons rire !
Du premier choc, vos vaillants soldats enfoncèrent la première ligne et nous, que l’Empereur fit monter derrière les soldats, enfonçâmes la seconde ligne. Nous perçâmes le centre de leur armée et nous fûmes maîtres du plateau de Pratzen et on leur fit deux armées. »


La retraite russe se transforma en catastrophe. Citons encore Coignet :
« Les Russes ne pouvant pas passer sur la chaussée des étangs qui était encombrée, il leur fallut passer sur l’étang de gauche, en face de nous, et -l’Empereur qui s’aperçut de suite de leur embarras fait descendre son artillerie. Et nos canonniers se mettent en batterie, et les Russes passaient en colonnes sur la glace. Et voilà les boulets et les obus qui tombent sur la glace qui périt sous cette masse de Russes qui se voient forcés de prendre un bain à la glace le
2 décembre ! Et toutes les troupes tapaient des mains, et notre Napoléon se -vengeait sur sa tabatière. »
La bataille coûta aux Austro-Russes 15 000 tués ou blessés. La Grande Armée fit 30 000 prisonniers. Les Alliés perdirent une grande partie de leur artillerie sur les étangs dont la glace rompit pour diverses raisons. Côté français on déplora 1 305 tués et 6 940 blessés.
L’empereur François II demanda un armistice qui lui fut accordé.
Les conséquences européennes de la bataille d’Austerlitz furent énormes. Elle porta un coup fatal au Saint Empire Romain Germanique qui s’effaça devant une Confédération du Rhin que dominait Napoléon. Deux frères de l’Empereur devenaient souverains en Europe : Louis à Amsterdam et Joseph à Naples où il se substituait aux Bourbons.


Le 3 décembre, Napoléon dictait sa fameuse proclamation à la Grande Armée : « Soldats, je suis content de vous … Vous avez décoré vos aigles d’une immortelle gloire … Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire : J’étais à la bataille d’Austerlitz pour que l’on vous réponde : Voilà un brave ! »


Jean Tulard
membre de l’Institut

Direction des Archives de France
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