Longtemps, le mouvement socialiste
français a été divisé en courants séparés
les uns des autres, guesdistes (Jules Guesde), vaillantistes (Édouard
Vaillant), broussistes (Paul Brousse), allemanistes (Jean Allemane),
et autres indépendants (Jean Jaurès, Alexandre Millerand,
Aristide Briand), chacune de ces tendances ayant son histoire, sa conception
du socialisme et son programme politique. Après la percée
électorale aux législatives de 1893 et aux municipales
de 1896, un certain nombre d’élus entamèrent un
mouvement vers l’unité. C’est ainsi que lors d’un
banquet des municipalités socialistes tenu le 30 mai 1896 à
Saint-Mandé, Millerand prononce un discours qui fit date sur
la nécessaire unité d’action.
L’affaire Dreyfus freina le mouvement en divisant les socialistes,
les uns étant résolus à s’engager dans le
camp dreyfusard à l’instar de Jaurès, les autres
prônant la neutralité dans une affaire purement «
bourgeoise » comme le professait Jules Guesde. La division s’accentua
en 1899 lorsque les premiers acceptèrent la présence d’un
socialiste (Millerand) dans un gouvernement bourgeois (le gouvernement
de Défense républicaine de Waldeck-Rousseau), ce que les
seconds condamnèrent sous le nom de «ministérialisme».
De cet affrontement résultèrent deux principaux partis
en 1902, le Parti socialiste français (PSF) de Jaurès
et le Parti socialiste de France (PSDF) de Guesde. L’un et l’autre
déléguèrent leurs représentants au Congrès
international d’Amsterdam, en août 1904.
La thèse marxiste fondée
sur la lutte des classes l’emporta, ce qui donnait l’avantage
à Guesde, mais une motion ultérieure du Congrès
imposa à chaque pays une organisation unitaire. En France, le
PSF et le PSDF étaient tenus de réaliser cette unité
sur la base des résolutions des Congrès internationaux.
Au lendemain du Congrès d’Amsterdam, une commission d’unification
était mise en place, qui, après ses travaux, convoqua
le Congrès d’unification à Paris, du 23 au 25 avril
1905. À cette date, 286 délégués se réunirent
Salle du Globe, boulevard de Strasbourg à Paris. La Section française
de l’Internationale ouvrière (SFIO) était créée,
sur la double base de l’internationalisme et de l’action
de classe. Cette victoire apparente de Jules Guesde amena certains à
rester indépendants, comme Millerand, Briand et Viviani. Mais
la puissante -personnalité de Jaurès – et sa relative
jeunesse, 45 ans, alors que Guesde -approchait des 60 – devait
faire de lui le véritable chef du Parti socialiste, jusqu’à
sa mort en 1914.