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Célébrations nationales 2005
Littérature et sciences humaines

Marcel Schwob
Chaville, 23 août 1867 – Paris, 12 février 1905

 

Marcel Schwob

Marcel Schwob
© René Dazy / Rue des Archives

 


Mort à trente-sept ans, après plusieurs années d’une sorte de réclusion dans laquelle l’enfermaient à la fois les maux du corps et une certaine hypocondrie, Marcel Schwob aurait pu disparaître rapidement de la mémoire collective, à l’instar de tant d’écrivains français de cette « Fin de siècle » dont il fut, à bien des égards, un type achevé. La postérité se souvient pourtant de lui, même si ce n’est pas à grand fracas. Pas comme l’époux excentrique de la très grande comédienne Marguerite Moréno – qui était en ce temps-là une jeune et fine beauté, quand le cinéma, beaucoup plus tard, ne gardera d’elle que l’image d’une géniale virago –, pas comme l’ami remarquable de personnalités qui avaient nom Anatole France, Rémy de Gourmont ou Jules Renard, mais comme un auteur rare, dont le ton unique a marqué une élite de lecteurs.
Ceux-ci furent souvent, comme un fait exprès, eux-mêmes des écrivains, à commencer par Jorge Luis Borges, qu’il a précédé dans cette intuition qu’il pouvait exister une poésie de l’érudition.

Élevé par un oncle bibliothécaire à la Mazarine, Schwob a pénétré précocement dans un univers dont, au fond, il n’est jamais sorti : une sorte de bibliothèque de Babel où les oubliés du Moyen Âge avoisinaient les classiques de l’Antiquité, avec une prédilection pour les auteurs anglo-saxons, de Meredith à Walt Whitman. Mais le traducteur du
Moll Flanders de Daniel De Foe était un grand passionné et sa sensibilité d’écorché vif sut découvrir bientôt dans les livres des autres un monde « plein de bruit et de fureur », dont il entreprit de rendre compte en un style inimitable, elliptique et glacé, seulement affecté, fugitivement, de certains effets d’époque.
Inspiré de son amour pour une jeune prolétaire tuberculeuse dont tout le séparait sauf le désarroi,
Le Livre de Monelle (1894) demeure encore aujourd’hui comme un bel exemple de poème en prose sensible mais La Croisade des enfants et, plus encore, les Vies imaginaires font de lui un écrivain à part, jouant avec sophistication des registres de récit les plus divers – où l’on retrouve l’auteur d’une étude, remarquée en son temps, sur L’argot français –. L’homme qui introduit ses Vies imaginaires par le simple et redoutable constat : « La science historique nous laisse dans l’incertitude sur les individus », qui commence sa galerie de portraits par « Empédocle, dieu supposé » et la clôt par « MM. Burke et Hare, assassins », a offert à ses contemporains une vie réelle toute en pénombre et aux nôtres un recueil de contes éblouissants, insolites et terribles, à relire incessamment.

Pascal Ory
professeur à l’université Paris I – Panthéon-Sorbonne
membre du Haut comité des célébrations nationales

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