À la plus italienne des Parisiennes
du XVe siècle revint la gloire de défendre l’honneur
des femmes : en 1405, Christine de Pizan achevait le
Livre de la Cité des dames qui donnait en exemple les
femmes illustres de tous les temps. Il y eut ensuite le Livre
des trois vertus ou Trésor de la
Cité des dames, où Christine faisait une analyse
lucide et précise de la société française,
vue du côté féminin, détaillant tous les
« états des femmes » et donnant de chacun, depuis
celui des princesses jusqu’à celui des femmes de laboureur,
une vision réaliste et positive. La première, elle avait
compris que les femmes avaient une place à elles dans la société
politique.
Née à Venise vers 1365, Christine vient, à quatre
ans, vivre à Paris où son père, Thomas de Pizan,
médecin et astrologue, a été appelé par
Charles V.
À quinze ans, elle épouse Étienne de Castel, secrétaire
du roi. Après dix ans de mariage heureux, elle perd son mari
en 1390. Veuve, chargée de trois enfants, de sa mère et
d’une nièce, elle reste chef de famille. Pour gagner sa
vie et celle de ses proches (« Je suis trois fois double »),
elle devient écrivain et dirige un atelier de copiste. Elle offre
à la reine Isabeau de Bavière ou aux princes des fleurs
de lis des recueils de ses œuvres. En 1404, le duc de Bourgogne
Philippe le Hardi lui commande le Livre des fais
et bonnes meurs du sage roy Charles V. Cependant, elle garde
sa liberté à l’égard des princes et reste
un écrivain indépendant.
Elle écrit d’abord des poèmes d’inspiration
courtoise, souvent de ton personnel (« Seulette suy et seulette
vueil estre »). Peu à peu, elle trouve sa -personnalité
de femme de lettres. Après des années dominées
par l’autobiographie, 1405 marque une rupture. Lucide, Christine
voit monter le péril de la guerre civile. Ses œuvres (Livre
du corps de policie, Livre des fais d’armes et de chevalerie,
Lamentation sur les maux de la France, Livre de la paix) ont
désormais un but : sauver la France des divisions. Pour elle,
elle a choisi son parti, celui des « vrais Français ».
Réfugiée au couvent de Poissy, Christine de Pizan meurt
en 1430. Son dernier poème est écrit pour saluer Jeanne
d’Arc : « En l’an mil quatre
cent vingt neuf Reprit à luire le soleil… »