En 1805 Pinel est heureux. En témoigne
une lettre du 4 floréal an XIII, publiée par son neveu
Casimir : « Je viens de recevoir une nouvelle marque de confiance
du gouvernement, et j’ai été nommé médecin
consultant de l’Empereur avant son départ pour l’Italie…
». On peut l’imaginer « en gloire » (1). Il
a raison d’être fier, car sa vie a été rude.
Il naît en 1745, reçoit le bonnet de docteur à Toulouse
(1773), puis étudie à Montpellier chez Barthez, pour finalement
arriver à Paris en 1778. Certes il va se faire des amis chez
les Idéologues. Mais les années sont longues, à
écrire des articles et à donner des leçons ou à
rédiger des thèses pour d’autres. En 1784, il devient
directeur de La Gazette de la santé. Puis c’est la Révolution,
qu’il connaît de près. En 1793, il est nommé
médecin à l’hospice de Bicêtre, où
il rencontre l’infirmier Pussin. Il y exerce jusqu’en avril
1795. En mai, il devient médecin-chef à l’hôpital
de la Salpêtrière, où il reste jusqu’à
sa mort (en 1826).
En 1805, c’est un homme qui a accompli une grande œuvre.
Il a libéré de leurs chaînes les fous de Bicêtre
et les folles de la Salpêtrière. Dans cette action aussi
il sera peint « en gloire ». On a pu discuter de la «
réalité historique » de ce geste. Reste la vérité
du mythe et sa force. « Sensible et bon, écrit Sémelaigne,
Pinel avait des facultés puissantes et bien équilibrées
». « À ce spectacle lamentable, s’écrie
Ritti, il fut pris d’une immense pitié. » Il était
entré comme médecin « généraliste
» à Bicêtre ; il vient de créer la médecine
de l’aliénation mentale, qui deviendra psychiatrie.
La « bonté » de Pinel n’est pas seule en jeu.
Il fallait aussi une grande culture et une grande connaissance de l’histoire
de la pensée médicale. En témoignent ses œuvres
: Traité médico-philosophique sur
l’aliénation mentale ou la Manie (1800). Ce livre
est aussi important que le geste libérateur et le fonde théoriquement.
Grand classificateur, il a publié La Nosographie
philosophique ou méthode d’analyse appliquée à
la médecine (1re éd. en 2 volumes 1798). La seconde
édition (3 vol.) a paru en 1802-1803. L’ouvrage lui vaut
grande renommée. Médecine clinique a déjà
connu deux éditions (1802, 1804). Pinel est admiré et
enfin reconnu.
Jackie Pigeaud
professeur à l’université de Nantes
et à l’Institut universitaire de France
1. -Tel que l’a fait le peintre Célestine Heussée,
en 1856. Il s’agit d’une huile sur toile conservée
à l’Académie nationale de médecine (Paris)