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Célébrations nationales 2005
Littérature et sciences humaines


Michelet : Renaissance, j’écris ton nom !
1er février 1855

Jules Michelet

Jules Michelet
plaque de verre au collodion
atelier de Nadar
Médiathèque de l’architecture
et du patrimoine
Archives photographiques
© CNM

 

L’Histoire de France de Michelet (1833-1867) se modèle trop sur la vie de l’historien comme sur le cours du siècle pour que le rythme de sa publi-cation ne se dérègle jamais. Elle s’interrompt brusquement en 1844, après un sixième tome consacré au règne de Louis XI. -Michelet semble pourtant impatient de la poursuivre. Pendant deux années (1840-1841), il a voué tout son enseignement au Collège de France à la « Renaissance ». Il a prononcé bien avant Burckhardt (1863) le maître mot, un et unique, sur-investi de tout son sens et de tout son charme.
« Renaissance éternelle ! » s’est-il écrié devant la jeunesse des Écoles, non sans se rappeler l’acte de foi que l’épreuve du veuvage vient de lui dicter : « on croit mourir, on ne meurt pas ». Mais voici qu’en 1844, l’une de ces urgences qui ne cessent de solliciter son engagement vient différer l’hommage dû à la Renaissance dans l’Histoire de France. Michelet se convainc, comme Lamartine, que la rue ne tardera plus à sanctionner l’ « échec des trois gouvernements successifs de l’épée, du droit divin et de la banque ». Il publie donc, de 1847 à 1853, l’Histoire de la Révolution française, afin que ne se répète pas la dérive d’une révolution « qui ne sut pas son passé ». Contemporain de la Seconde République, le mémorial de la « Fondation » de 1789 l’est aussi de l’avènement du Second Empire, qui chasse Michelet du Collège et des Archives.

En 1853, physiquement épuisé et moralement découragé d’avoir touché, en racontant la Terreur, « le fond de l’Enfer où la morale fait faire les crimes », l’historien se réfugie dans sa chère Italie. Il y reçoit, en juin 1854, par « ensevelissement maternel » dans les boues brûlantes d’Acqui, la promesse d’une Vita nuova. Mais c’est en renouant avec l’Histoire de France et « en nageant », enfin,
« dans la Renaissance », qu’il revient définitivement à la vie, qu’il renaît lui-même. Publiés en 1855, deux nouveaux volumes, Renaissance et Réforme, auxquels succèderont, l’année suivante, Les guerres de religion et La Ligue, impriment à l’Histoire de France un nouvel élan, qui ne se relâchera plus.

Michelet confirme, dans l’ « Introduction » de Renaissance, son adhésion à la « foi profonde » proposée par Rabelais au visiteur de son « Temple de la Volonté » et partagée, de Brunelleschi à Érasme, de Luther à Copernic, de Léonard de Vinci à Marguerite de Navarre, par tous les inspirateurs de la « Révolution du XVIe siècle ». Honni soit le « peuple des sots » qui consomme au sein de l’Église et de l’Université la déchéance scolastique du génie médiéval ! Mais c’est dans sa « défense et illustration » de la Renaissance et de la Réforme, couplées « dans leurs alliances comme dans leurs disputes » que l’historien se montre le plus convaincant.
En 1855, Stendhal absent, qui mieux que Michelet accompagnerait la jeune armée de Charles VIII dans sa découverte d’un « crescendo de merveilles » sur le sol natal de la Renascita ? Qui mieux que l’ancien apprenti imprimeur se représenterait le choc de la vulgarisation des grands textes fondateurs, sacrés ou profanes, qui fit que « le nouveau se trouva le vieux, le ridé, le caduc » ? Qui mieux que le « promeneur solitaire » de Fontainebleau réveillerait les « songes d’une nuit d’été saisis au passage par la main vive et délicate » de Jean Goujon ? Qui mieux que le mémorialiste d’Herr Omnes prêterait sa voix au « chant de joie commune » accueillant la prédication luthérienne : « Remettez l’argent dans vos poches, Dieu vous sauve gratis » ?


Au lendemain de la mise en vente de Renaissance, le 1er février 1855, le sévère Taine, convenant que l’auteur « peint comme Delacroix et dessine comme Doré », présume que l’Histoire de France, « dans cinquante ans peut-être », figurera l’ « épopée lyrique » de la nation. Mais Michelet s’émeut de reconnaître dans « ce nom de poète » qui lui est prêté « l’accusation sous laquelle on a cru jusqu’ici accabler l’historien ». Justice ne lui sera pleinement rendue que par Lucien Febvre, fidèle parmi les fidèles, qui ne manquera pas de s’interroger longuement, dans l’un de ses propres cours au Collège de France (1942-1943), sur « Michelet et la Renaissance » en affirmant bien haut : « Recréons avec lui l’Histoire, celle qui est Résurrection. »

Paul Viallaneix
professeur honoraire des Universités

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