Il y a deux cent cinquante ans, survenait
à Lisbonne le tremblement de terre le plus violent jamais enregistré
par l’homme : alors que les séismes meurtriers qui endeuillèrent
récemment l’Afrique du Nord et l’Asie en maints endroits
se situent entre 7 et 8,5 sur l’échelle de Richter, les
spécialistes attribuent le coefficient 9 à cette immense
catastrophe qui coûta la vie à plus de 20 000 personnes
et qui détruisit entièrement la ville. Ce tremblement
de terre se distingue non seulement par sa violence mais aussi par sa
localisation puisque Lisbonne ne se situe pas dans une zone inter plaque
continentale et donc n’aurait pas dû être affectée
par un tel événement. En raison de sa force, trois vagues
de plus de dix mètres de hauteur vinrent se briser sur les côtes
portugaises, contribuant à augmenter le nombre de victimes. On
donne aujourd’hui le nom de « tsunami » à ce
phénomène.
Cette immense catastrophe fit bien entendu une forte impression sur
les esprits en Europe. La manifestation la plus remarquable de son caractère
frappant se trouve dans le conte philosophique « Candide »
de Voltaire ; ce dernier raille, entre autres, la philosophie optimiste
de Leibniz et la description du séisme en constitue l’un
des chapitres les plus remarquables.
La mode de la représentation de paysages de ruines par Hubert
Robert et plusieurs autres peintres de la fin du XVIIIe siècle
est certainement due également à ce tremblement de terre
dont les deux seuls grands précédents demeurent le déluge
biblique, mythe fondé sur une catastrophe naturelle ayant dû
affecter le Moyen-Orient avant l’avènement de l’Histoire
et, bien sûr, l’éruption du Vésuve survenue
en 79 de notre ère qui détruisit Pompéi et Herculanum.
Ce tremblement de terre, qui raya de la carte une des villes européennes
les plus prospères à l’époque, démontre,
s’il en était besoin, la vanité de l’homme
qui se croit capable de dominer la nature : de temps en temps, celle-ci
sait se venger et de façon tristement spectaculaire.
Jean Audouze
astrophysicien
directeur de recherche au CNRS