Léonard Limosin, « émailleur et peintre ordinaire
de la chambre du roi », comme on peut le lire sur les retables
de la Sainte-Chapelle conservés au musée du Louvre, est
l’artiste le plus important de l’art de l’émail
peint sur cuivre. Cette technique très particulière est
un aspect original des arts décoratifs de la Renaissance française.
Elle a été pratiquée à Limoges.
L’époque de sa naissance est estimée d’après
un acte notarié de 1541 dans lequel il est dit majeur et a donc
plus de vingt-cinq ans. Le mois exact de sa mort (avant février
1577) est également inconnu.
Il date ses œuvres à partir de 1533, année où
Jean de Langeac prend possession de l’évêché
de Limoges. Ce prélat, familier de François Ier, introduit
l’émailleur à la Cour. Il y fait de très
nombreux portraits émaillés à partir de 1536. On
retrouve dans les Comptes royaux l’historique
de la série d’apôtres du musée de Chartres,
signée et datée de 1547. Léonard Limosin est ensuite,
à diverses reprises, payé comme « valet de chambre
» de Henri II, mais c’est dans les minutes des notaires
parisiens qu’a été récemment découverte
la commande, en 1553, de deux retables qui ont orné la Sainte-Chapelle
jusqu’à la Révolution.
La production émaillée de Léonard Limosin se situe
entre 1533 et 1573. Elle comprend tous les types d’objets et de
sujets : décor d’église, plaques à sujets
religieux ou mythologiques, portraits, scènes du calendrier,
vaisselle et même un échiquier-trictrac et une fontaine
de table. Ces œuvres sont émaillées en grisaille
ou en émaux polychromes, parfois sur paillons d’argent.
La technique y est parfaitement maîtrisée. On y trouve
une originalité et une imagination étrangères aux
autres émailleurs. La qualité artistique des émaux
de Léonard Limosin n’est atteinte ni dans sa série
de huit gravures de 1544 de la vie du Christ ni dans son tableau de
1551 du musée de Limoges. C’est avec Léonard Limosin,
grâce à Jean de Langeac, que Limoges apporte sa contribution
à l’art de la Renaissance et à un haut niveau de
qualité.