Après des études de droit,
Albert Lagrange entra en 1878 au séminaire d’Issy puis
chez les dominicains à Saint-Maximin ; il prit le nom de frère
Marie-Joseph. Ordonné prêtre en 1883, il fut chargé
d’enseigner la philosophie et l’Écriture sainte à
Toulouse. En 1888, il fut détaché à Vienne (Autriche)
pour y étudier les langues orientales puis en février
1890 envoyé à Jérusalem, à la mission de
Saint-Étienne, afin de fonder une école d’Écriture
sainte.
Le projet était « d’éclairer l’étude
de la Bible par une connaissance scientifique du milieu humain où
elle a été vécue, parlée, écrite.
S’il y a une histoire du salut, il y a aussi une géographie
du salut. La Bible a en Palestine un Sitz im
Leben qui éclaire singulièrement son message. Dieu
a parlé aux hommes d’un certain pays, avec les langues
de leur temps, selon la culture de leur temps ».
C’est à Jérusalem que se déroula principalement
la carrière scientifique, vouée à l’enseignement
et à la recherche, du P. Lagrange. Il créa d’abord
l’École pratique d’études bibliques au couvent
de Saint-Étienne puis fonda en 1892 la Revue
biblique et, en 1900, la collection des Études bibliques.
Cependant les progrès des études du texte saint soulevaient
les passions dans certains milieux catholiques. En 1897, la communication
qu’il fit à Fribourg à un Congrès international
sur les sources du Pentateuque suscita des polémiques. Léon
XIII lui accorda toujours sa confiance mais le pontificat de Pie X apporta
un changement brutal et le P. Lagrange décida de renoncer à
ses -travaux sur l’Ancien Testament et de se borner à l’étude
des Évangiles. En 1912, le père jésuite Louis Fonck,
un de ses principaux détracteurs, établit à Jérusalem
une succursale de l’Institut biblique de Rome. Le P. Lagrange
regagna alors la France, où il avait été nommé
en 1903 membre correspondant de l’Académie des inscriptions
et belles-lettres et avait reçu en 1906 le prix Saintour pour
ses Études sur les religions sémitiques.
Au lendemain de la Grande Guerre, les liens se resserrèrent entre
l’Académie et l’École qui devint à
la fois soumise à la juridiction des Frères -prêcheurs
et reconnue par le gouvernement français ; celui-ci confia à
l’Académie le contrôle de son organisation scientifique.
En 1920, elle devint -l’École biblique et archéologique
française.
Le R.P. Lagrange revint alors à Jérusalem. Les séquelles
de la crise moderniste demeuraient virulentes, mais Pie XI considérait
avec bienveillance l’œuvre du couvent de Saint-Étienne.
En 1983, Jean-Paul II habilitera l’École dominicaine de
Jérusalem à décerner le doctorat ès sciences
bibliques.
Le R.P. Lagrange, lui, avait quitté Jérusalem en 1935,
à l’âge de 80 ans. Il s’éteignit à
Saint-Maximin trois ans plus tard. Sa dépouille fut transférée
dans la basilique Saint-Étienne de Jérusalem en 1967.
Son grand défi intellectuel fut de confronter Bible et histoire.
Comme l’a fort justement dit le R.P. Vesco, directeur de l’École
biblique et archéologique française : « Par le
travail et la prière, à la lumière de la foi
et avec une grande rigueur scientifique, le P. Lagrange a mis son
intelligence au service de la parole de Dieu et de la Vérité
».
Jean Leclant
secrétaire perpétuel de l’Académie
des inscriptions et belles-lettres
président du Haut comité
des célébrations nationales