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Célébrations nationales 2005
Arts

Jean-Baptiste Greuze
Tournus, 21 août 1725 – Paris, 21 mars 1805

 

L’accordée de village

L’accordée de village
huile sur toile d’après Jean-Baptiste Greuze
Paris, musée du Louvre
© RMN / Gérard Blot

 


Pourquoi célébrer en 2005 le bicentenaire de la mort de Greuze ? La mièvrerie de
La cruche cassée, le sentimentalisme, encore plus équivoque, de la Jeune fille pleurant son oiseau mort ont vieilli : aujourd’hui ils agacent plus qu’ils ne séduisent. Le « morceau de réception » du peintre à l’Académie, son Caracalla1 tardif de 1769 – tardif puisque l’artiste, académicien « agréé » dès 1755, l’avait fait attendre près de quinze ans… – avait déçu ses premiers juges dont le verdict n’a pas été invalidé par la postérité. Quant au Fils ingrat ou au Mauvais fils puni, pièces autrefois si admirées, leur gesticulation mélodramatique est plus propre à susciter de nos jours sarcasmes ou sourires qu’émotion de connivence.

Reste que Greuze, coloriste discuté, a été un dessinateur de talent. Reste le charme de ses têtes d’enfants, à une époque qui découvrait l’enfance, la -qualité de ses portraits, ceux de sa femme, de son beau-père le libraire Babuty, ou du graveur Wille, l’expressivité de ses études, souvent plus vivantes que les -personnages achevés, et surtout la place de l’artiste dans l’histoire culturelle moderne. Or cette place est importante pour au moins trois raisons. D’abord pour une célébrité acquise dans toute l’Europe : avant de devenir pièces de musées – notamment à Tournus, au Louvre, à l’Ermitage etc. – ses tableaux sont, certes, la propriété privée de quelques amateurs, comme l’un de ses protecteurs, le fermier général Lalive de Jully, mais ils sont reproduits et répandus sous forme de très nombreuses estampes ; le peintre lui-même s’intéresse à une diffusion qui lui assure des profits confortables mais de ce fait il contribue aussi – une -gravure étant loin de coûter aussi cher qu’un tableau – à une certaine démocratisation de la culture artistique. Le choix de sujets empruntés à la vie quotidienne de la classe moyenne pousse dans le même sens.


Car Greuze est important, en second lieu, par la visée morale de son art : entendons par là non l’intention directement édifiante qui encombre trop souvent ses toiles, l’ambition, exaltée par Diderot en 1763 devant
La Piété filiale, de faire de la morale en peinture, mais la promotion esthétique que son œuvre assure aux valeurs bourgeoises et familiales. Ce n’est pas un hasard si Greuze est le contemporain non seulement de Diderot (« C’est vraiment là mon homme que ce Greuze », proclame encore en 1763 l’inventeur du drame bourgeois), mais aussi de Sedaine et de ce Toussaint dont le livre Les Mœurs fit scandale en 1748, notamment parce que l’auteur s’y étonnait de ce que l’Église romaine canonisât depuis toujours « des squelettes anonymes » plutôt que des pères de famille vertueux…
Enfin et surtout, en peinture comme en littérature, cette revendication de dignité et de reconnaissance pour les vertus quotidiennes s’exprime par une esthétique nouvelle, en rupture avec la hiérarchie classique. Tandis que de -nouvelles formes dramatiques visent à supplanter la tragédie, Greuze a l’audace d’élever la peinture de genre au rang de la grande peinture d’histoire : ce n’est pas encore la Révolution, c’est déjà une révolution.

Jean Ehrard
ancien professeur à l’université Blaise-Pascal
(Clermont-Ferrand)
1. -Titre exact : L’Empereur Septime Sévère reproche à Caracalla son fils d’avoir voulu l’assassiner

 

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