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Célébrations nationales 2005
Arts


Claude Goudimel
Besançon, 1505 ? (1) – Lyon, 28 (?) août 1572

 

dessin du XVIIe siècle, repris et gravé dans le Monasticon Gallicanum, pl. 75

Abbaye de Saint-Germain-des-Prés
dessin du XVIIe siècle, repris et gravé dans le Monasticon Gallicanum, pl. 75
Médiathèque de l’architecture et du patrimoine – archives photographiques
© CMN


L’un des plus éminents musiciens de la Réforme a traité les mélodies du
Psautier huguenot pour les paraphrases strophiques et rimées par Clément Marot et Théodore de Bèze (1519-1605). Il est associé ici au quatrième centenaire de la mort de ce dernier (2), auteur de 101 paraphrases de Psaumes.
Étudiant à la Sorbonne, il est correcteur entre 1549 et 1555 chez -l’imprimeur N. Du Chemin – l’éditeur de ses premières chansons en 1549 –, qui le prend comme associé en 1553. De 1557 à 1567, il s’installe à Metz – gagnée à la Réforme –, où le Maréchal de Vieilleville le protège. Il y rencontre L. Des Masures. J. de Brinon le met en contact avec Ronsard, et il compose 4 pièces pour le
Supplément musical des Amours (1552). Il fréquente les cercles littéraires et réformés, s’intéresse de plus en plus au Psautier et se met au service de la nouvelle Église. Il se rend à Lyon et y mourra, victime de la Saint-Barthélémy.
Auteur de nombreuses harmonisations, Goudimel n’est pas le créateur des « mélodies » qui proviennent de Strasbourg, 1539, Genève, 1562 (recueil officiel) et Lausanne, 1565. Le Psautier genevois comprend : 150 Psaumes (sur 125 mélodies), les Dix Commandements, le Cantique de Siméon, des Prières, l’Oraison dominicale, les Articles de Foy et quelques cantiques.

Calvin craint que les oreilles ne soient plus sensibles à la musique qu’aux paroles. Par précaution, pour l’harmonisation des Psaumes, Goudimel se justifie ainsi dès l’Avertissement :
«
Nous avons adiousté au chant des PSAUMES en ce petit volume, trois -parties [chant donné ou mélodie, donc harmonisé à 4 voix], non pour induire à les chanter en l’Église, mais pour s’esjouir en Dieu particulièrement ès-maisons. Cela ne doit pas être -mauvais, d’autant que le chant duquel on use en l’Église demeure comme s’il estoit seul. »
Il harmonise les 150
Psaumes, en 1564, 1565 (note contre note) ; en 1568, 1580 (en contrepoint fleuri) et de 1557 à 1566, 8 Livres de Motets (en style plus élaboré) ; compose l’Ode à Michel de L’Hospital, « Par le désert de mes peines » (La Roche Chandieu), des Chansons profanes (78 reconstituées) ; 6 Chansons spirituelles, 3 Magnificat, 9 Messes et des Motets latins. Dans ses œuvres fonctionnelles et « consonantes au verbe », pour l’intelligibilité du texte, il mise sur la perception verticale.
Lors du « retour à l’Antiquité gréco-latine », après le livre (perdu) d’Odes d’Horace (1550) de Ph. Jambe-de-Fer, Goudimel publie chez N. Du Chemin, en 1555 : «
Quinti Horatii Flacci poetae lyrici odae omnes quotquot carminum generibus differunt ad rythmos musicos redactae » s’appuyant sur la prosodie classique -quantitative et les genres métriques d’Horace. Ce recueil in-4°, perdu, est attesté par Salinas et encore signalé, en 1860, par Brunet (Manuel du libraire, III). Il a influencé le style note contre note dans l’édition des Psaumes (1564 et 1565), reposant sur le principe : une note/une syllabe (ou un accord)3. Juste avant sa mort, Goudimel adresse de Lyon sa dernière lettre à Paul Schede (Melissus).

Impressionné par les Psaumes français, qu’il souhaite rendre accessibles en allemand, A. Lobwasser (1515-1585) emprunte les harmonisations de Goudimel dans :
Der Psalter... in deutsche Reime verstendiglich und deutlich gebracht... (1573) ; certaines sont encore en usage en Allemagne au XXIe siècle.

L’édition moderne des
Œuvres complètes de Goudimel, depuis 1967, sous la direction de L. A. Dittmer et P. Pidoux, met à la portée des chanteurs l’intégrale des harmonisations que le compositeur considère comme « le plus fidèle témoignage, de tous mes labeurs le plus beau ». Elles représentent des joyaux de la musique de la Réforme, reposant sur les paraphrases de Clément Marot et Théodore de Bèze.

Édith Weber
professeur émérite à l’université de Paris IV-Sorbonne
directeur du groupe de recherche
patrimoine musical (1450-1750)


1. L’origine bisontine de Goudimel est confirmée par la mention de Salinas (1513-1590), dans son De Musica (1577 – livre VII) : « Godimelus quidam Visuntinus... ». Sa problématique année de -naissance, non attestée, se situerait, selon des encyclopédies étrangères,« vers 1514 » (MGG) ;
« vers 1514-1520 » (Grove, 1980) et Bautz (BBKL, 1990) ; et « vers 1514 » (Wer ist wer im -Gesangbuch ?, 2001) ; les musicologues français signalent : « vers 1520 ». 1505 est très exceptionnellement -retenue, par exemple dans le Virginia Tech Multimedia Music Dictionary... Goudimel est mort à Lyon, le 28 ? août 1572.
2. Cf. notice d’Alain Dufour sur Théodore de Bèze, mort en 1605, p. 57-58.
3 . Édith Weber, « Le style nota contra notam et ses incidences sur le choral luthérien et sur le -psautier huguenot », JbLH, vol. 32, 1989, p. 73-93.

 

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