L’un des plus éminents musiciens de la Réforme
a traité les mélodies du Psautier
huguenot pour les paraphrases strophiques
et rimées par Clément Marot et Théodore de Bèze
(1519-1605). Il est associé ici au quatrième centenaire
de la mort de ce dernier (2), auteur de 101 paraphrases de Psaumes.
Étudiant à la Sorbonne, il est correcteur entre 1549
et 1555 chez -l’imprimeur N. Du Chemin – l’éditeur
de ses premières chansons en 1549 –, qui le prend comme
associé en 1553. De 1557 à 1567, il s’installe
à Metz – gagnée à la Réforme –,
où le Maréchal de Vieilleville le protège. Il
y rencontre L. Des Masures. J. de Brinon le met en contact avec Ronsard,
et il compose 4 pièces pour le Supplément
musical des Amours (1552). Il fréquente
les cercles littéraires et réformés, s’intéresse
de plus en plus au Psautier et se met au service de la nouvelle Église.
Il se rend à Lyon et y mourra, victime de la Saint-Barthélémy.
Auteur de nombreuses harmonisations, Goudimel n’est pas le créateur
des « mélodies » qui proviennent de Strasbourg,
1539, Genève, 1562 (recueil officiel) et Lausanne, 1565. Le
Psautier genevois comprend : 150 Psaumes (sur 125 mélodies),
les Dix Commandements, le Cantique de Siméon, des Prières,
l’Oraison dominicale, les Articles de Foy et quelques cantiques.
Calvin craint que les oreilles ne soient plus sensibles à la
musique qu’aux paroles. Par précaution, pour l’harmonisation
des Psaumes, Goudimel se justifie ainsi dès l’Avertissement
:
« Nous avons adiousté au
chant des PSAUMES en ce petit volume, trois -parties [chant donné
ou mélodie, donc harmonisé à 4 voix], non pour
induire à les chanter en l’Église, mais pour s’esjouir
en Dieu particulièrement ès-maisons. Cela ne doit pas
être -mauvais, d’autant que le chant duquel on use en
l’Église demeure comme s’il estoit seul.
»
Il harmonise les 150 Psaumes,
en 1564, 1565 (note contre note) ; en 1568, 1580 (en contrepoint fleuri)
et de 1557 à 1566, 8 Livres de Motets (en style plus élaboré)
; compose l’Ode à Michel de L’Hospital, «
Par le désert de mes peines » (La Roche Chandieu), des
Chansons profanes (78 reconstituées) ; 6 Chansons spirituelles,
3 Magnificat,
9 Messes et
des Motets latins. Dans ses œuvres fonctionnelles et «
consonantes au verbe », pour l’intelligibilité
du texte, il mise sur la perception verticale.
Lors du « retour à l’Antiquité gréco-latine
», après le livre (perdu) d’Odes d’Horace
(1550) de Ph. Jambe-de-Fer, Goudimel publie chez N. Du Chemin, en
1555 : « Quinti Horatii Flacci
poetae lyrici odae omnes quotquot carminum generibus differunt ad
rythmos musicos redactae » s’appuyant
sur la prosodie classique -quantitative et les genres métriques
d’Horace. Ce recueil in-4°, perdu, est attesté par
Salinas et encore signalé, en 1860, par Brunet (Manuel
du libraire, III). Il a influencé
le style note contre note dans l’édition des Psaumes
(1564 et 1565), reposant sur le principe : une note/une syllabe (ou
un accord)3. Juste avant sa mort, Goudimel adresse de Lyon sa dernière
lettre à Paul Schede (Melissus).
Impressionné par les Psaumes français, qu’il souhaite
rendre accessibles en allemand, A. Lobwasser (1515-1585) emprunte
les harmonisations de Goudimel dans : Der
Psalter... in deutsche Reime verstendiglich und deutlich gebracht...
(1573) ; certaines sont encore en usage en Allemagne au XXIe
siècle.
L’édition moderne des Œuvres
complètes de Goudimel, depuis 1967,
sous la direction de L. A. Dittmer et P. Pidoux, met à la portée
des chanteurs l’intégrale des harmonisations que le compositeur
considère comme « le plus
fidèle témoignage, de tous mes labeurs le plus beau
». Elles représentent des
joyaux de la musique de la Réforme, reposant sur les paraphrases
de Clément Marot et Théodore de Bèze.
Édith Weber
professeur émérite à l’université
de Paris IV-Sorbonne
directeur du groupe de recherche
patrimoine musical (1450-1750)
1. L’origine bisontine de Goudimel est confirmée par
la mention de Salinas (1513-1590), dans son De Musica (1577 –
livre VII) : « Godimelus quidam Visuntinus... ». Sa problématique
année de -naissance, non attestée, se situerait, selon
des encyclopédies étrangères,« vers 1514
» (MGG) ;
« vers 1514-1520 » (Grove, 1980) et Bautz (BBKL, 1990)
; et « vers 1514 » (Wer ist wer im -Gesangbuch ?, 2001)
; les musicologues français signalent : « vers 1520 ».
1505 est très exceptionnellement -retenue, par exemple dans
le Virginia Tech Multimedia Music Dictionary... Goudimel est mort
à Lyon, le 28 ? août 1572.
2. Cf. notice d’Alain Dufour sur Théodore de Bèze,
mort en 1605, p. 57-58.
3 . Édith Weber, « Le style nota contra notam et ses
incidences sur le choral luthérien et sur le -psautier huguenot
», JbLH, vol. 32, 1989, p. 73-93.