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Célébrations nationales 2005
Sciences et techniques

L’Exposition universelle
1855

Clôture de l’Exposition universelle et remise des récompenses aux exposants au palais de l’industrie
Clôture de l’Exposition universelle et remise des récompenses aux exposants au palais de l’industrie
lithographie - XIXe siècle
© Selva / Leemage

> programme des manifestations

Dès le Moyen Âge, les foires locales avaient donné l’occasion aux marchands et artisans français et étrangers de vendre ou échanger leurs produits.
C’est François de Neufchâteau qui, sous le Directoire, eut l’idée de convier en septembre 1798 artistes et manufacturiers à un « spectacle d’un genre nouveau, une Exposition publique des produits de l’industrie française, afin de porter le coup le plus funeste à l’industrie anglaise ». Des arcades élevées aux Champs-Élysées présentèrent – gratuitement – produits manufacturés et moyens de production, avec ce maître-mot : « Le premier caractère des mérites d’un ouvrage est l’invention, le premier titre à la reconnaissance publique est le degré d’utilité ».

Par dix fois, de 1801 à 1849 et quel que fût le régime, se produisit le même rassemblement, en progression constante : 110 exposants en 1798, 4452 en 1849. Le principe était d’accepter tout ce qui était utile et ingénieux, vêtement sans couture ou machine à préserver les navires de naufrages : conception saint-simonienne qui célébrait les merveilles de l’industrie et les hommes qui les concevaient. Pour chaque manifestation, un bâtiment provisoire était édifié.

Depuis plusieurs années, certains songeaient à ouvrir ces expositions aux participations étrangères, idée reprise par le gouvernement de la IIe République : l’Exposition de 1849 serait internationale. Mais l’idée fut combattue par les industriels français, opposés à la concurrence, et ce fut l’Angleterre qui la réalisa : l’Exposition internationale de Londres ouvrit en 1851 et, autre nouveauté, dans un bâtiment spécialement élevé, le Crystal Palace de l’architecte Paxton.

La manifestation eut un succès éclatant : six millions de visiteurs et cinq millions de bénéfice. La France fut un des vainqueurs de la compétition. Ce triomphe et les Expositions qui suivirent à Dublin, New York et Munich vinrent à bout des oppositions malthusiennes et Louis-Napoléon décida l’organisation à Paris de la première Exposition internationale française, en 1855. Et, renonçant au provisoire, le prince-président décida en 1852 la construction d’un édifice
« pouvant servir aux cérémonies publiques … d’après le système du Palais de Crystal ».
Les Champs-Élysées furent désignés pour recevoir ce « Palais des Arts et de l’Industrie », liaison sémantique nouvelle. Hittorff présenta un projet d’architecture métallique affirmée, annonçant les futures halles de Baltard, mais la -commission le jugea trop petit et Napoléon III se prononça pour Viel et -Desjardins, qui édifièrent en 1853 sur l’emplacement actuel des Grand et Petit Palais un lourd bâtiment de fer, brique et verre dissimulé derrière des façades de pierre : camouflage qui devait connaître une longue postérité.

Cet édifice disgracieux fut démoli en vue de l’Exposition de 1900 : on en a gardé les sculptures du couronnement, remontées dans le parc de Saint-Cloud : la France couronnant l’Art et l’Industrie par Élias Robert. D’ailleurs, le nouveau bâtiment était aussi trop petit, et il fallut pour l’Exposition lui adjoindre le long du quai une Galerie des machines, la première du genre et, entre les deux édifices, la rotonde construite en 1839 par Hittorff pour un panorama, attraction en vogue, et qui fut affectée aux industries de luxe. Elle disparaîtra en 1856.

Les trois édifices étaient reliés par des galeries et un autre pavillon était affecté aux arts, où Ingres, Delacroix et Decamps reçurent chacun une salle entière : par-delà la rivalité des deux premiers, le régime consacrait leur gloire. Dans le bâtiment fut présenté pour la première fois le tableau L’impératrice Eugénie et ses dames d’honneur de Winterhalter, image éclatante du règne, et Courbet, non admis, fit édifier à proximité une baraque pour une dizaine de ses toiles, dont l’Atelier.


La manifestation, qui rassemble vingt-quatre mille exposants, dont douze mille étrangers, n’attire que cinq millions de visiteurs, pour la première fois payants : 0,20 F le dimanche, jour des « classes laborieuses », 5 F le vendredi, jour chic, et 1 F les autres jours. Mais le gouvernement impérial, -toujours tourné vers le social, avait fait distribuer dix mille entrées gratuites aux ouvriers. La recette ne monta qu’à 3 300 000 francs, pour 11 500 000 francs de dépenses mais, fait capital pour l’évolution du Bâtiment, on faisait connaître les nouveaux produits métalliques et les premiers essais de ciment armé : idée saint--simonienne encore que donner comme but à l’Exposition de montrer les découvertes techniques nouvelles.
Curieuse manifestation, qui annonçait la considérable réussite économique et industrielle du Second Empire et, en même temps, présentait, à quelques mètres l’une de l’autre, deux peintures antinomiques, L’impératrice Eugénie et ses dames d’honneur et l’Atelier. Certains visiteurs surent-ils apprécier leur différence, et en tirer leçon ?

Georges Poisson
conservateur général du patrimoine
administrateur des Amis de Napoléon III

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