Le plus « british » des architectes français de
sa génération. Sa prestance et son élégance
étaient proverbiales. Sportif, mince, portant la moustache,
souvent habillé d’un costume de flanelle grise avec une
cravate blanche ornée d’une perle, canne à pommeau
d’ivoire. Une irrésistible allure d’officier anglais,
héritage possible de ses origines gasconnes. À Bordeaux,
il fréquente l’École municipale des Beaux-Arts,
puis, en 1906, poursuit ses études à l’École
des Beaux-Arts de Paris d’où il sort diplômé
architecte en l912. Il reviendra à l’École après
la guerre de l4-18, cette fois pour y enseigner jusqu’en 1953.
En 1921, il est reçu au concours des Bâtiments civils
et palais nationaux et reçoit la charge de la manufacture des
Gobelins et du palais du Louvre, puis comme architecte en chef, celle
de l’Observatoire et du Panthéon. Son camarade d’école
André Granet, gendre d’Eiffel, lui offre, en l913, l’occasion
de dessiner plusieurs immeubles de la rue Desaix (il signe avec humour
sa participation en faisant surgir d’une façade sa tête
sculptée en pierre et celle de son amie Suzy Daidé),
puis, en 1925, de collaborer aux plans de l’Atrium-Casino et
de l’hôtel Splendid à Dax.
En l926, il dessine cinq villas au Moulleau sur le bassin d’Arcachon.
Librement inspirées de la tradition classique, respirant la
fraîcheur, elles auront bientôt une descendance monumentale
dans l’ambassade de France à Belgrade dont il donne les
dessins en 1928. Les critiques verront dans ces œuvres des années
vingt la main d’un attique moderne. En l931, il réalise,
toujours avec Granet, les inoubliables féeries lumineuses de
l’Exposition coloniale, inventant des voûtes d’eau
lumineuse, des ponts de palmes, des appareils d’éclairage
en forme de bouclier ou de lotus, les fontaines des Najas, du Cactus,
de la Grande fleur. En 1937, il est l’auteur des bassins et
fontaines du Trocadéro. À Paris, il construit les ateliers
extérieurs de l’École des Beaux-Arts rue Jacques
Callot (1931), l’élégant Service du nivellement
général de la France rue Gay-Lussac (1934), l’école
de la rue Kuss (1931-34) avec sa succession de terrasses qui évoque
les ponts d’un transatlantique. Mais c’est sur le Normandie
qu’il assouvit sa passion pour l’architecture navale en
aménageant le pont-promenade, le grand salon, le jardin d’hiver,
la salle de spectacle, le grill-room et le sundeck. En 1939, il réalise
avec Pierre Patout, le pavillon de la France à l’Exposition
universelle de New York.
Expert a toujours associé des artistes à ses réalisations
(« la bande à Expert »). S’il fait souvent
appel à son ami Carlo Sarrabezolles (hôtel de ville de
Reims, légation de France à Belgrade, Normandie,
Trocadéro,…), il invite aussi volontiers les grands artisans
de l’époque et des artistes souvent originaires, comme
lui, du bordelais.
Maurice Culot
architecte