L’année 1855 est une année
décisive dans l’histoire des relations entre la France
et l’Angleterre. Aux yeux de Napoléon III, l’alliance
anglaise est l’un des objectifs majeurs de sa politique extérieure.
C’est pourquoi il s’est engagé dans la guerre de
Crimée aux côtés des Britanniques contre les Russes,
le 27 mars 1854. Un an plus tard, alors que le contingent franco-britannique
s’épuise dans l’interminable siège de la forteresse
de Sébastopol, la visite à Londres du couple impérial
apparaît comme un symbole fort de l’alliance entre les deux
pays. Débarqué à Douvres, le 16 avril, le couple
impérial y est accueilli par le prince consort Albert, avant
de rejoindre la reine Victoria dans sa résidence de Windsor,
puis d’être fastueusement reçu à Buckingham.
Les Londoniens, venus en masse assister
à leur traversée à pied de la capitale, leur réservent
un accueil très enthousiaste. Victoria se dit charmée
dans son Journal par Napoléon III : « Il est l’empereur,
écrit-elle, sans y tendre le moins du monde. » Mais cette
visite d’État comporte aussi un volet diplomatique, le
18 avril, lorsque les souverains et leurs principaux ministres se réunissent
pour élaborer la suite des opérations de Crimée,
Napoléon III se laisse convaincre de ne pas se rendre à
Sébastopol, comme il en avait l’intention, afin de ne pas
confisquer à son profit le prestige de la victoire.
Celle-ci n’est pas encore acquise lorsqu’Albert et Victoria,
accompagnés de leur fils, viennent à leur tour en France,
le 18 août, à l’occasion de l’Exposition
universelle de Paris. Accueillis par Napoléon III à
Boulogne, ils vont connaître pendant une dizaine de jours une
succession de cérémonies officielles et de divertissements
: soirée à l’Opéra, fête dans la
galerie des glaces de Versailles, réception et banquet à
l’Hôtel de Ville… Victoria va même s’incliner
devant le tombeau de Napoléon Ier aux Invalides. Plus de 800
000 Parisiens l’acclament, et le préfet Haussmann lui
dédie l’avenue Victoria, entre l’Hôtel de
Ville et le Châtelet.
Le 8 septembre, la prise de Sébastopol couronne l’année
de l’Entente cordiale entre les deux souverains.
Jean Garrigues
professeur à l’université d’Orléans
président du Comité d’histoire parlementaire et
politique