Eugène Devéria avait fait son apprentissage auprès
de son frère aîné Achille (1800-1857) ; il fut
l’enfant chéri de la génération romantique,
devenu célèbre à vingt-deux ans en exposant
La Naissance d’Henri IV (musée
du Louvre) au Salon de 1827 où cette immense toile fit sensation
et remporta tous les suffrages. L’art et la vie d’Achille,
surtout graveur, et d’Eugène furent -intimement liés
jusqu’en 1838, date à laquelle Eugène quitta Paris.
Il est l’exemple même de l’artiste qui, tout au
long de sa carrière, chercha en vain à retrouver l’éclat
de ses premiers succès.
Théophile Gautier, dans un article de La
Presse, exprime encore en 1844 l’enthousiasme
qui l’avait bouleversé en 1827. Il estimait que La Naissance
d’Henri IV était « un chef-d’œuvre de
l’école française, une toile à mettre sans
inquiétude à côté des plus belles fresques
vénitiennes : quand ce tableau parut, – se souvient-il
– les critiques les moins optimistes purent croire que Paris
allait avoir son Paul Véronèse. Cette élégance
des tournures, d’ajustements, de draperies, ces têtes
si fines, si cavalières, ces mains patriciennes, ces délicats
visages de femmes, cette éblouissante ardeur de coloris, cette
jeunesse et tout cet éclat faisaient concevoir de l’avenir
du peintre les plus hautes espérances » (28 mars).
Les sujets choisis dans l’histoire nationale et dans l’histoire
anglaise évoquant souvent l’atmosphère des romans
de Walter Scott, les coloris exubérants, la composition mouvementée
firent d’Eugène Devéria une des incarnations des
jeunes France. On le considéra l’égal de Delacroix
qui exposait au même moment La
mort de Sardanapale (musée du Louvre)
et de Paul Delaroche qui présentait la Mort
d’Élisabeth (musée
du Louvre). Des commandes importantes lui furent attribuées
pour les nouvelles salles du Louvre, notamment Puget
présentant sa statue de Milon de Crotone à Louis XIV
; il fut ensuite un des peintres préférés du
roi Louis-Philippe et se vit gratifié de nombreuses commandes
pour la nouvelle décoration du château de Versailles
dont La Bataille de la Marsaille
(1834-1837). Fulgurant représentant de la génération
romantique, sa carrière parisienne est interrompue par la commande
d’un décor pour la cathédrale d’Avignon
en 1838, important chantier qui devait lui permettre de participer
à sa manière au renouveau de la peinture religieuse
en France. Malheureusement, l’état de conservation actuel
de cette œuvre ne rend aucun jugement possible.
Des conditions de travail très éprouvantes et une maladie
qui le frappa concoururent à lui faire traverser une crise
spirituelle fondamentale au cours de laquelle il se convertit au protestantisme.
Pour se soigner, il fit une cure aux Eaux-Bonnes ; l’effet bénéfique
qui en résulta le conduisit à choisir de mener une vie
retirée des plaisirs parisiens et à s’établir
à Pau en 1841. Il resta fidèle aux choix esthétiques
de sa jeunesse, à une peinture très colorée proche
de celle de Véronèse et de Rubens ainsi qu’en
témoignent La mort de Jane Seymour
(1847, Valence, musée des Beaux-Arts) et Christophe
Colomb (1861, Clermont-Ferrand, musée
Roger Quillot). Outre ces ambitieux tableaux d’histoire, Eugène
Devéria peignit maintes scènes de genre dans lesquelles
le folklorisme pyrénéen fit suite à l’observation
de la vie parisienne. Il fut également un portraitiste prolixe
laissant de sa famille, de ses amis proches tout autant que de ses
commanditaires des images chaleureuses et intimes caractéristiques
de la génération romantique.
Pour commémorer le bicentenaire de la naissance de l’artiste,
les musées de Pau, musée du château et musée
des Beaux-Arts, présenteront deux manifestations complémentaires
pour offrir une relecture de l’œuvre d’Eugène
Devéria et pour rendre à cet artiste la place qui lui
est due.
Isabelle Julia
conservateur en chef du patrimoine
inspecteur général des Musées de France