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Célébrations nationales 2005
Arts

Antoine-Chrysostome Quatremère de Quincy
Paris, 21 octobre 1755 – 28 décembre 1849

Entrée du temple d’Isis à Pompéi

Entrée du temple d’Isis à Pompéi
gravure d’après un dessin de Quatremère
de Quincy
Paris, Bnf
© Rue des Archives / G et D

 


« Les monuments de l’art et de l’Antiquité sont le fanal des artistes et des savants », déclare Quatremère, théoricien et militant intraitable de la -culture classique régénérée de son temps sous l’influence des Lumières et par l’action des gouvernements issus de la Révolution. Sa longévité, qui le révèle actif du début du règne de Louis XVI à la fin de la monarchie de Juillet, alliée à un caractère particulièrement combatif et à une capacité de production intense, font de cet écrivain et homme politique un témoin et acteur du passage du XVIIIe au XIXe siècle et un grand historien de l’architecture. Disciple de Winckelmann, qu’il considérait comme le fondateur de la science archéologique, ami dans sa jeunesse du peintre David, puis inspirateur du sculpteur néo-classique Canova, il fut jusqu’au triomphe du romantisme – auquel il -s’opposa vigoureusement – le plus célèbre et le plus intransigeant défenseur de l’héritage artistique légué par la Grèce et la civilisation romaine. Adepte du dogme de l’imitation des Anciens, Quatremère n’envisageait aucune issue dans l’acte créateur soumis à la libre imagination ou au sentiment d’individualité. L’archéologie, avec l’histoire, devait être l’outil consensuel d’une régénération des arts et du goût du public, que les temps de nouvelles libertés et de civisme devaient inspirer aux initiatives politiques.


Né à Paris, où il meurt quatre-vingt-quatorze ans plus tard, Quatremère fut d’abord destiné à la pratique de la sculpture. Lors d’un long séjour en Italie (1776-1784), il se passionne pour l’étude des monuments antiques, délaisse sa vocation artistique pour rejoindre les cercles intellectuels formés dans le sillage du
Grand Tour et l’aura de l’Académie de France à Rome. Érudits, antiquaires et artistes anticomanes, Mengs, Piranèse, le jeune peintre David, le guident dans sa formation d’historien de l’art et de théoricien de l’imitation des Anciens. Sa première étude, Mémoire sur l’architecture égyptienne, est couronnée en 1785 par l’Académie des inscriptions – l’année même où David expose au Salon du Louvre Le Serment des Horaces. Choisi comme rédacteur des volumes consacrés à l’Architecture de l’Encyclopédie méthodique de Panckoucke, il fait paraître le premier des trois volumes en 1788. Cet ouvrage le consacre d’emblée, et pour la suite de sa carrière, comme le meilleur théoricien du néo-classicisme de sa génération.

Réformiste modéré, partisan de la monarchie constitutionnelle, Quatremère met en pratique ses convictions civiques et l’objectif moralisant de l’art qu’il défend dans l’engagement politique. Une de ses actions d’éclat, liée à ses responsabilités d’élu de la Commune de Paris, de commissaire pour l’instruction publique et de député de la Législative, fut en 1791 la transformation de l’église Sainte-Geneviève récemment achevée en Panthéon des grands hommes de la Nation – mutilant, par l’aveuglement des baies des quatre nefs, les effets d’espace du chef-d’œuvre de Soufflot ! Il milita également aux côtés de David pour la suppression des académies royales (
Considérations sur les arts du dessin en France, 1791), avant de devenir un des piliers des instances de remplacement qui furent regroupées dans l’Institut national. La carrière politique de Quatremère souffrit des changements de régimes politiques : emprisonné durant la Terreur, condamné et exécuté par contumace à la suite du 13 vendémiaire de l’an IV (1795), Quatremère poursuivit dans la clandestinité son combat contre la politique des arts du Directoire et du Consulat – la publication de ses célèbres Lettres au général Miranda sur le préjudice qu’occasionnerait aux arts et à la science le déplacement des monuments de l’art de l’Italie… (1796), dénonçant la spoliation à laquelle furent soumis les pays conquis par la République, et son action contre le musée des monuments français de Lenoir, le placèrent au cœur des grands débats naissants sur la conservation du patrimoine et l’idée de musée.

Nommé membre de l’Institut dans la classe d’histoire en 1804, mais tenu à l’écart de toute responsabilité durant l’Empire, Quatremère retrouve sous la Restauration et la monarchie de Juillet une place de premier plan dans la vie politique et -l’administration des arts.
Sa position de secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts lui permet d’imposer sa doctrine à la plupart des rouages institutionnels dont dépendent l’enseignement et la production officielle artistiques. Considéré comme une sorte de tyran « qui semblait même jouir de son impopularité » (Sainte-Beuve) auprès de la jeune génération romantique, il démissionna de tout pouvoir à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.

Occultée par les mouvements romantique et moderne, la pensée de Quatremère a retrouvé un vif regain d’intérêt depuis une vingtaine d’années, comme source primordiale dans l’historiographie du néo-classicisme européen, de la conscience patrimoniale de la période révolutionnaire, de la création des musées et, plus curieusement, comme caution du courant post-moderne dans l’architecture contemporaine.

Daniel Rabreau
professeur à l’université
de Paris-1 Panthéon-Sorbonne

Direction des Archives de France
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