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Célébrations nationales 2005
Vie politique et institutions

L’élection de Clément V
5 juin 1305

Couronnement de Bertrand de Got, pape Clément V ; miniature tirée de la chronique Villani © Rue des Archives/The Granger Collection NYC
Couronnement de Bertrand de Got, pape Clément V ;
miniature tirée de la chronique Villani © Rue des Archives/The Granger Collection NYC

Le pape Boniface VIII prétendait s’ériger en juge suprême des princes et les contraindre à exécuter ses arrêts. Une telle prétention mettait en cause l’indépendance des États et d’abord du royaume de France. L’attentat d’Anagni (7 septembre 1303) dénoua brutalement le conflit entre Philippe le Bel et Boniface qui mourut d’humiliation. Avec ce pape disparaissait pour jamais le rêve d’une suprématie universelle de l’Église. Le 22 octobre suivant, le Sacré Collège élut Benoît XI, lequel, dans un souci d’apaisement, abolit la plupart des mesures édictées par son prédécesseur, mais trépassa d’une indigestion de figues le 7 juillet 1304.


Le conclave, réuni à Pérouse, ne siégea pas moins de onze mois. En effet le parti français (conduit par Napoléon Orsini et les Colonna) s’opposait véhémentement aux bonifaciens (conduits par les Caetani). Il était minoritaire, mais les bonifaciens se déchiraient entre eux et Philippe le Bel avait « subventionné » Orsini. Celui-ci proposa de choisir le futur pontife en dehors du Sacré Collège, ce qui coupait court aux rivalités. On se mit d’accord sur le nom de Bertrand de Got, prélat diplomate et juriste éminent. Il fut élu le 5 juin 1305, à la quasi-unanimité. Orsini s’empressa d’écrire à Philippe le Bel : « J’ai abandonné ma Maison pour élire un pape français, car je désirais l’avantage du roi et du royaume… ».


Bertrand de Got était gascon, né à Villandraut1, dans une famille de petite noblesse. Après avoir étudié le droit à Orléans et à Bologne, il avait embrassé la carrière ecclésiastique. Ayant un oncle évêque d’Agen et un frère archevêque de Lyon, son ascension fut rapide : chanoine à Agen, vicaire général à Lyon, puis évêque de Comminges, il devint archevêque de Bordeaux en 1299, à vingt-neuf ans ! Conseiller juridique d’Édouard Ier pour l’Aquitaine, il réussit à servir loyalement son maître tout en gardant la faveur de Philippe le Bel. Il montra la même habileté dans le conflit de ce roi avec Boniface VIII. Ses talents de diplomate et ses connaissances juridiques confortèrent l’adhésion du Sacré Collège.


Il se trouvait en tournée pastorale à Lusignan, quand la nouvelle de son élévation au Pontificat lui parvint. Elle le réjouit modérément : il se sentait malade et la situation en Italie laissait craindre le pire. Il regagna Bordeaux sans se hâter et attendit d’avoir reçu le décret de son élection pour déclarer solennellement son acceptation et prendre le nom de Clément V. Il choisit ensuite d’être couronné à Vienne, ville d’empire. Cependant, sous la pression de Philippe le Bel, le sacre se déroula à Lyon, le 1er novembre. Ce fut Orsini, doyen du Sacré Collège, qui posa la tiare sur la tête du nouveau pape. Clément promut une -fournée de cardinaux, s’assurant ainsi d’une large majorité pour conforter sa position. Il abreuva Philippe le Bel de grâces, espérant par là l’amadouer. La -personnalité du Capétien le fascinait et le troublait, plus encore ses desiderata qui étaient des ordres. Il refusa pourtant d’ouvrir le procès posthume de Boniface et de prescrire une enquête sur les hérésies supposées de l’Ordre du Temple. Promit-il à Philippe le Bel de résider en France ? Quoi qu’il en soit, il retourna à Bordeaux, mais en passant par Bourges !


Il était convenu avec Philippe le Bel d’une entrevue qu’il repoussa à -plusieurs reprises. Elle n’eut lieu qu’en 1307, à Poitiers. Il fut à nouveau question de Boniface VIII et des Templiers. Tant et si bien que le séjour en France du nouveau pape fut prolongé. Le différend avec le roi d’Angleterre au sujet de la Guyenne, le conflit avec les Flamands, les luttes sanglantes entre les Colonna et les Caetani étaient pour lui autant de prétextes pour différer son départ pour Rome.


Au cours des années suivantes, le développement tragique de l’affaire des Templiers, la destruction de fait de cet Ordre prestigieux rendirent sa présence indispensable. En 1309, il décida de s’installer à proximité de Vienne, où devait se réunir le concile chargé de régler définitivement le sort du Temple. Son choix se porta sur Avignon, cité appartenant au roi de Sicile, comte de Provence. Il demanda l’hospitalité à un couvent de dominicains. Cet hébergement avait donc un caractère provisoire, presque fortuit. Le 20 avril 1314, Clément V s’apprêtait à regagner Bordeaux, quand la mort le saisit.
Avignon devint cependant capitale de la chrétienté et le resta jusqu’en 1377. La ville ne devint la propriété du Saint-Siège qu’en 1348.

Georges Bordonove, historien
1. Villandraut, auj. Gironde, ar. de Langon

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