À trois siècles d’intervalle, deux Français
natifs d’Auvergne ont apporté à notre pays un incontestable
rayonnement international qui ne se dément pas. Le premier, Blaise
Pascal, est un génie scientifique, un homme d’une foi ardente
et d’un zèle brûlant, invitant ceux qui doutent à
faire le « pari » de l’existence de Dieu. Le second
est Pierre Teilhard de Chardin, un jésuite français et
un savant de notoriété internationale dans les domaines
de la géologie et de la paléontologie.
Pierre Teilhard de Chardin a laissé une œuvre importante.
Outre son contenu scientifique, celle-ci ouvre de larges perspectives
philosophiques et théologiques. Ses écrits, abordant sous
leur plus grand angle les questions posées par l’évolution
du monde et de nos sociétés, ont toujours, grâce
à leur hardiesse et à leur richesse d’expression,
un retentissement considérable.
Le Phénomène humain, où
la pensée de Teilhard est développée dans toute
son ampleur, est, à ce jour, édité en près
de vingt langues. Le Milieu divin peut être considéré
comme un ouvrage de référence appartenant à la
grande tradition mystique du christianisme.
De 1923 à 1945, au cours de plusieurs séjours, Teilhard
a mené de fructueuses explorations en Chine où un ordre
de mission du Muséum de Paris l’avait envoyé.
Pour mieux connaître ses travaux scientifiques, un colloque de
bonne qualité a d’ailleurs été organisé
récemment à Pékin, en octobre 2003. Des Chinois
de terrain et de haut rang académique sont venus louer le travail
du savant jésuite. Ce dernier, disent-ils, a réalisé
une sorte de « pont » entre la culture occidentale et la
culture orientale. Il a su former des collaborateurs -chinois, à
la différence d’autres savants étrangers trop dépendants
d’organismes autonomes liés à leur propre pays d’origine.
Au fil des ans, dans ses lettres envoyées en Occident depuis
la Chine, le savant jésuite se voit comme une sorte d’annonciateur
des temps à venir. « Plus les années passent, plus
je commence à croire que ma fonction aura simplement été
d’être à l’image bien réduite du Baptiste,
celui qui annonçait et appelait ce qui devait venir. Ou encore
je soupçonne que ce qui m’est demandé est simplement
d’aider une âme nouvelle à naître dans ce qui
est déjà. Ce disant, je n’ai pas conscience de vouloir
me dérober à une tâche. Mais je pense que lorsque
le -Seigneur veut faire apparaître une grande chose, il la fait
sortir de nos efforts les plus simples, les moins calculés, –
sans que nous nous en doutions. C’est l’histoire de tous
les grands mouvements religieux et de toutes les découvertes.
»
Le Père Teilhard est un expatrié perpétuel, par
goût et sous la contrainte des autorités ecclésiales
que son audace effraye. Cet homme de science et de foi est un chercheur
passionné qui a dirigé de nombreuses fouilles à
travers le monde. Ses divers travaux l’ont conduit à une
constatation globale : la biosphère s’auto-organise dans
une complexité croissante. Il en est arrivé à reconnaître
trois évidences fondamentales au cœur des progrès
de cette complexité : un plus grand nombre d’éléments
différents, une organisation plus complexe de ces éléments
et une unité fondamentale plus étroite sont la marque
d’un progrès plus poussé. Ces évidences sont
au cœur de sa perception du monde.
Ce religieux jésuite ne connaissait pas le mot de mondialisation
mais il a annoncé la venue de ce processus unificateur de la
planète à travers toute son œuvre. Sa vision du monde
n’est pas d’abord utilitariste, mais irriguée par
la -présence de l’esprit dès l’origine. Elle
repose sur une assise christique de l’origine à la fin.
Cette source d’« amorisation » donne sens à
toutes les transformations qui se succèdent dans un processus
évolutif dont l’homme est la flèche et la conscience.
Car Teilhard est, indissociablement, un homme de science et un homme
d’Église. Ce chercheur infatigable est aussi un prêtre
convaincu et un religieux fidèle. Soucieux de sa liberté
institutionnelle mais profondément attaché au Christ,
il reste attaché aux trois vœux prononcés dans la
Compagnie de Jésus : pauvreté, chasteté, obéissance.
Cet homme de terrain, des champs de bataille de la Grande Guerre, du
Muséum national d’histoire naturelle de Paris à
la Chine, de l’Inde à Java, de la Birmanie à l’Afrique
du Sud, terminera sa vie en exil à New York, où il noue
de nombreuses amitiés autour de la planète. Ce jésuite
mystique est aussi le célébrant de la « Messe sur
le Monde » et le spirituel aux accents prophétiques, passionnément
attaché à ce qui fait grandir la Terre.
Cinquante ans après sa mort, Teilhard apparaît comme l’auteur
d’une cosmologie nouvelle fondée sur une vision spirituelle
et globale de l’évolution et de l’Homme. Beaucoup
peuvent y trouver la source d’une profonde espérance.