Le 22 fructidor an XIII un senatus-consulte impérial,
sur rapport de Laplace, a abrogé le calendrier « français
» (républicain) et établi le retour au -calendrier
« romain » (grégorien) « à partir
du 11 nivôse prochain » (1er janvier 1806). Ainsi prenait
fin, après 12 ans, 2 mois et 27 jours, le parcours de ce calendrier
instauré par le décret de la Convention du 24 octobre
1793 avec l’ambition de rompre au nom de la raison avec une
nomenclature jusque-là fondée sur « la superstition
et le fanatisme ». Une campagne active et des mesures autoritaires
en avaient assuré le succès en l’an II, en l’an
III, puis en l’an VI (1798). Le Directoire en avait rappelé
le caractère obligatoire.
Mais très tôt, si les administrations
en avaient tant bien que mal respecté les clauses, de vives
résistances s’étaient fait jour tant dans les
classes populaires, et principa-lement dans les campagnes, que dans
les élites restées attachées à la religion.
On soulignait aussi les imperfections, voire le caractère «
utopique », de ce calendrier calqué sur la nature…
mais dont l’universalisation eût posé des -problèmes
sous d’autres climats et d’autres latitudes.
La généralisation des -résistances,
la « renaissance religieuse » expliquent, après
brumaire, les étapes qui voient le repos du dimanche rétabli
après le Concordat et les almanachs rechristianisés,
même si, significativement, le calendrier républicain
est resté officiel jusqu’à la date rappelée
ci-dessus. Les rapporteurs du décret ont exprimé leur
regret du système abrogé et le souhait qu’un jour
« l’Europe calmée, rendue à la paix et à
ses conceptions utiles sentira le besoin de perfectionner ses -institutions
sociales » en réutilisant « les débris perfectionnés
du calendrier auquel la France renonce à ce moment »,
certains que Sa Majesté Impériale et Royale eût
préféré attendre du temps qui fait triompher
la raison des préjugés
« l’occasion de faire adopter un meilleur système
de mesure des années ». On ne se risquera pas, en 2005,
à réitérer ce vœu : victorieuse dans son
ambition de remodeler les structures de l’espace, par le système
métrique, la Révolution a échoué dans
sa tentative à l’égard de celle du temps.
Michel Vovelle
professeur émérite à l’université
de Paris I