La famille était italienne,
francisée par l’annexion du comté de Nice en 1792,
et restée française par choix après 1814. Le
père avait été membre de la Convention, puis
rallié à l’Empire comme tant d’autres républicains
de 1792, et se trouvait sous-préfet à Puget Théniers
en 1805.
Après 1814, on se replie vers le centre de la France, puis
Paris ; on est dans l’opposition, et on vit difficilement de
maigres revenus et de « petits -boulots » intellectuels
(préceptorat, surveillance d’internat, journalisme).
Adolphe, frère aîné, plus âgé de
sept ans, y réussit assez bien, jusqu’à accéder
à la chaire d’économie politique du Collège
de France mais il avait eu souvent à donner aide matérielle
et intellectuelle à son cadet, Auguste, malgré la divergence
de leurs engagements.
De ses dix-sept ans (où il milite contre le procès des
« 4 sergents de La Rochelle ») à ses soixante-quinze
ans (où il meurt d’épuisement après une
réunion publique triomphale dans la République qui venait
d’amnistier les Communards), la vie d’Auguste Blanqui
est impossible à résumer en quelques paragraphes tant
il y eut d’épisodes toujours spectaculaires : conspirations,
prises d’armes, procès, exils, incarcérations.
Il restera le type de ces intransigeants qui, dans l’esprit
des robespierristes d’extrême gauche à la Babeuf,
ont toujours associé la revendication de la République
contre les régimes monarchiques à la revendication de
la justice sociale contre les riches (« communiste » donc,
plutôt que « socialiste », – autour de 1840
« socialiste » signifiait pacifiste). Et qui, deuxième
caractère propre, pensait qu’il fallait inlassablement
combattre, édifier et éduquer par l’action.
Toujours combattant, donc, Auguste Blanqui, quoique intelligent, chaleureux
dans ses relations familiales, désintéressé,
personnellement sympathique semble-t-il, a été au cœur
du XIXe siècle le révolutionnaire mythique qui, en exaltant
les siens, a le plus terrorisé les autres. C’est pourquoi
les généalogies idéologiques le placent volontiers
en relais entre le jacobinisme de 1793 et le bolchevisme du XXe siècle.
Mais sa légende n’est pas seulement celle de l’Action,
c’est aussi celle de la Défaite.
Toujours vaincu, il aura passé (Maurice Dommanget en a fait
le compte) 43 ans et 2 mois de vie « irrégulière
», dont 33 ans et 7 mois de prison stricto sensu, 2 ans et 9
mois de résidence forcée, 6 ans d’exil, etc.
D’où le surnom de « l’Enfermé »
(1).
D’où enfin sa célèbre représentation
posthume, en guise de statue de grand homme, par l’étonnante
allégorie féminine réinventée par Maillol,
l’Action enchaînée, que l’on peut voir sur
la place publique de Puget-Théniers et, à Paris, à
la fondation Dina Vierny.
Maurice Agulhon
professeur honoraire au Collège de France
membre du Haut comité des célébrations nationales
1. Ce surnom lui a été donné par un de ses premiers
biographes, Gustave Geffroy