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Célébrations nationales 2005
Littérature et sciences humaines


Charles-Alphonse Allais
Honfleur, 20 octobre 1854 – Paris, 28 octobre1905

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Portrait-charge d’Alphonse Allais


Portrait-charge d’Alphonse Allais
par Sem, vers 1900
© Selva / Leemage ADAGP Paris 2004


Après s’être refusé à parler jusqu’à l’âge de trois ans, Charles-Alphonse Allais s’éteignit avant d’avoir atteint son cinquantième anniversaire. Entre-temps, il avait rédigé près de dix-sept cents contes dans lesquels, « remontant le courant des préjugés », il s’était employé, avant que le mot ne fût utilisé et la chose théorisée, à déconstruire le langage et à subvertir le réel. (Ces deux expressions l’eussent sans doute fait s’esclaffer, à moins qu’elles n’aient fait -passer sur son visage l’un de ces nuages de tristesse que remarquaient si souvent ses familiers).
Écolier médiocre, il se montra assez persévérant, poursuivit de ses lazzis pendant quarante années consécutives l’un de ses professeurs, M. Boudin, finissant par le faire passer, lorsque celui-ci reçut la Légion d’honneur, pour « l’inventeur du ressort du même nom », avant de publier en guise de rectificatif : « contrairement à ce que nous écrivions dans notre dernier numéro, M. Boudin n’a rien inventé ». Piètre soldat, il salua les officiers réunis pour le conseil de révision d’un « Bonjour Messieurs-Dames ! » qui devait donner le ton de sa brève et involontaire carrière militaire dont le plus haut fait reste une demande de double permission pour cause de bigamie. De quatre années d’études de pharmacie, il tira essentiellement l’art de manier les explosifs, de tirer les feux d’artifice et de composer les cocktails (notamment le « Corpse Reviver » dans lequel l’anisette asticote la chartreuse, taquine le guignolet kirsch, chatouille la vieille prune et aguiche le cognac). Il ne sacrifia qu’à une seule institution, celle du mariage, où il se trouva raisonnablement malheureux, sans aucune ostentation. (« Dans les liens du mariage/Il faut des époux à sortie »).

Pourvu d’une exceptionnelle aptitude à aimanter les anticonformistes les plus inventifs parmi ceux qui hantaient les bistros du quartier latin, Alphonse Allais fut à l’origine de la création du Club des hydropathes – dont Charles Cros composa l’hymne – lequel, après avoir donné naissance au « Salon des incohérents », devait se scinder en deux groupes : « Les Fumistes » et les « Hirsutes ». Mais c’est avec la création du « Chat noir », de Rodolphe Salis, qu’Allais atteint la maîtrise de son art d’écrivain.

En plus d’être un Café théâtre avant la lettre (Debussy et Satie s’y produisent, le « théâtre d’ombres » y triomphe, Maurice Donnay y donne des sketches, Caran d’Ache met en scène), le « Chat noir » est un journal satirique à succès dont Allais devient le rédacteur en chef. Au fil des années, et d’une publication à l’autre, il exerce son talent aux dépens des autorités morales et littéraires de l’époque (ce sont souvent les mêmes) tout en élevant l’art du fantaisiste jusqu’à celui du fabuliste et du poète. Plutôt que de le citer, il faut inciter à le lire : Jules Renard, Guitry, Cocteau, Prévert, Queneau ont écrit leur admiration pour Alphonse Allais chez qui Alexandre Vialatte, Pierre Dac, Raymond Devos et Pierre Desproges ont puisé de quoi devenir eux-mêmes. Serge Gainsbourg l’a plagié, autre forme d’hommage (« L’ami Cahouète » est repris d’un texte d’Allais, « Sollicitudes »). Enfin, on aura pris toute la mesure du personnage d’Alphonse Allais lorsque l’on aura considéré que, venu au monde le même jour du même mois de la même année qu’Arthur Rimbaud (et à la même heure), il n’en tira jamais aucune vanité.

Philippe Meyer
docteur en sociologie
écrivain
producteur à Radio France

Direction des Archives de France
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