Morières, où il est né, érigée en commune
au XXe siècle, était en 1805 une banlieue rurale d’Avignon. C’est donc
à bon droit qu’en compagnonnage il était surnommé « Avignonnais la Vertu
», Avignonnais pour la ville natale, et Vertu pour son message. Perdiguier
restera en effet dans l’histoire non seulement comme le plus notoire
des compagnons (il était menuisier du Devoir de Liberté) mais comme
celui qui a le plus agi pour en moderniser l’institution.
Perdiguier pensait avec raison que
le compagnonnage devait garder son utile pratique de perfectionnement
professionnel et d’entraide sur le Tour de France, mais qu’en abandonnant
ses haines ésotériques et sa brutalité primitive, il gagnerait en efficacité
sociale et en humanité. Humanité, car il était républicain. Il faisait
partie de cette minorité de provençaux restés « patriotes » et qui eurent
un peu à souffrir de la Terreur blanche. Agricol fit son tour de France
de 1823 à 1829 puis, renonçant à s’établir dans son midi inhospitalier,
il se fixa pour le reste de ses jours à Paris, faubourg Saint-Antoine.
Il « prêcha » par l’exemple, par la parole, par l’écrit (Le
livre du Compagnonnage, 1839, réédité dès 1841) car il était
doué, grand amateur de théâtre et de chansons, en composant parfois
lui-même. Perdiguier, compagnon, et républicain, pourrait aussi bien
recevoir une troisième définition : ce fut un membre typique de la première
génération de travailleurs manuels accédant à la culture écrite, le
temps des « ouvriers poètes ». C’est par là, par l’édition militante
parisienne, qu’il attire l’attention de l’intelligentsia.
La première propagandiste de l’Avignonnais
fut la parisienne et berrichonne George Sand, qui dès 1842 faisait de
lui le personnage central d’un roman, Le Compagnon
du Tour de France, et faisait connaître par là aux lettrés et
aux politiques qu’il y avait dans la vie et le folklore populaire de
quoi inspirer le respect. La nouvelle était encourageante, dans cette
atmosphère de romantisme et de démocratisme mêlés qui annonçait et qui
allait accompagner 1848. Tout s’ensuit donc, et la carrière (si peu
carriériste !) est connue. Avec 1848 et le suffrage universel masculin,
il est élu représentant du peuple en 1848 dans le Vaucluse et dans la
Seine ; il siège à gauche et est réélu en 1849 dans la Seine seulement.
Il s’oppose au coup d’État du 2 décembre 1851, est expulsé, traverse
quatre ans d’exil en Belgique et en Suisse, puis rentre à Paris, toujours
travaillant de ses mains et militant discrètement.
En 1870, la République le retrouve
et le fait adjoint au maire du Xe. Modéré et légaliste, il ne prend
pas part à la Commune, s’excluant ainsi du panthéon « ouvrier » majoritaire.
Il meurt à Paris, sans notoriété particulière. Le XXe siècle lui sera
plus favorable.