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des manifestations
Jacques Necker naît à Genève, d’un père
professeur de droit d’origine irlandaise et d’une mère
d’origine française. À 16 ans il vient à
Paris, y reçoit une formation de banquier avant de développer
une banque genevoise puissante et une considérable fortune.
En 1764, il épouse la belle Suzanne Curchod qui tiendra l’un
des grands salons parisiens et donnera le jour, en 1766, à
Anne Louise Germaine promise à la postérité
sous le nom de Germaine de Staël.
Necker a 36 ans quand il est nommé ministre de la République
de Genève à Paris et présenté au Roi
de France. Il aime écrire, croit à la puissance de
l’opinion, et publie en 1769 un libelle qui connaît
aussitôt un grand succès. En 1773, l’Académie
française couronne son éloge de Colbert. Après
la disgrâce de Turgot en 1776, le Roi pense à Necker
dont on dit tant de bien ; pour ce banquier suisse et protestant
on crée un poste de directeur du Trésor royal. Necker
multiplie les mesures afin d’alléger les dépenses
inutiles de l’État et vante sa politique, en février
1781, par un « compte rendu au Roi » rendu public, qui
lui nuit beaucoup à la Cour. Necker démissionne le
19 mai 1781 et se retire dans son château de Saint-Ouen.
Bientôt, partageant son temps entre la France et la Suisse
où il a acheté, au bord du lac, le château de
Coppet, il travaille à son grand ouvrage, De -l’importance
des opinions religieuses. En 1787, l’archevêque de Toulouse,
Loménie de Brienne, devenu principal ministre de Louis XVI,
s’engage à réunir les États généraux
et à promouvoir une nouvelle politique. Ne faudrait-il pas
-rappeler Necker ? Le 24 août 1787, il est nommé directeur
général des finances, ministre, membre du conseil
du roi. Le 5 mai 1789, c’est l’ouverture des États
généraux. Après qu’eurent parlé
le roi et le garde des Sceaux, Necker commence un discours –
long de trois heures – qui ennuie et déçoit.
Viennent bientôt la fameuse journée du 17 juin 1789
où les représentants du Tiers État proclament
l’Assemblée nationale, puis la séance du 23
juin où Louis XVI entend signifier ses décisions à
cette assemblée usurpatrice. Necker constate que le roi,
influencé par ses proches, ne suit pas ses conseils. Alors,
sans même prévenir Louis XVI, il décide de ne
pas assister à la séance royale. Son fauteuil restera
vide !
Revenu à Versailles, le Roi trouve la lettre de démission
de son ministre mais la refuse. « Ce fut, écrira Necker,
dans ce moment où je pouvais tout exiger du roi que je me
trouvais sans force pour rien demander ». Le 11 juillet, Necker
recevra la lettre de Louis XVI le congédiant brutalement.
Aussitôt il prendra la route. Mais à Bâle lui
parviendront deux lettres, datées du 16 juillet, la lettre
du roi le suppliant de rentrer, la lettre de l’Assemblée
nationale lui disant sa confiance. « La nation, son roi et
ses représentants vous attendent ». Entre-temps, Paris
a vécu le 14 juillet, tumultueuse journée dont le
premier objectif avait été d’exiger le retour
du ministre exilé ! Commence le triomphal voyage de retour
…
Appelé au pouvoir pour la troisième fois, Necker gouverne
difficilement, déplaisant à tous. Le 3 septembre 1790,
il adresse aux députés la lettre qui annonce son départ.
Cet homme qui semblait tant aimé s’en va dans l’indifférence
générale.
Il vivra désormais à Genève et à Coppet,
veillant sur sa femme et sur sa fille, ne cessant d’écrire,
de justifier son action, composant la statue idéale que l’histoire
devra garder de lui. Il publiera en 1802 ses Dernières vues
de politique et de finance offertes à la nation française.
Il meurt à Genève, dans la nuit du 9 avril 1804.
Jean-Denis Bredin
de l’Académie française

Portrait à mi-corps
Joseph Siffred Duplessis, huile sur toile
Châteaux de Versailles et de Trianon
© RMN