En épousant Philippe IV en 1284, Jeanne,
reine de Navarre et comtesse de Champagne, scelle l’union
à la couronne du fief champenois dont elle est la dernière
héritière. Petite-fille de Thibault IV (1), elle s’intéresse
aux arts libéraux profanes et à la théologie.
Soucieuse de favoriser les études à Paris de jeunes
Champenois, elle lègue en 1304 son hôtel de la rue
Saint-André-des-Arts pour y établir un collège
destiné à recevoir des étudiants de sa province.
Mais ses exécuteurs testamentaires décident de transférer
ce collège sur la montagne Sainte-Geneviève, site
mieux adapté aux besoins de l’enseignement que la demeure
royale.
Les bâtiments sont construits entre 1309 et 1314. Comme toutes
les -fondations de cet ordre, l’institution nouvelle est réservée
aux jeunes gens pauvres accueillis comme boursiers. La Sorbonne,
réservée aux théologiens, n’échappe
pas à cette règle. Le Collège de Navarre admet,
quant à lui, des étudiants de toutes les disciplines,
à l’exclusion de la médecine et du droit ; d’après
les dispositions du testament royal, il peut recevoir 70 boursiers,
20 pour la grammaire, 30 pour la logique et la philosophie et 20
pour la théologie.
Simples pensions d’étudiants, les collèges parisiens
ne dispensent à l’origine aucun enseignement. Les étudiants
suivent les cours des facultés, dispensés au cloître
Notre-Dame pour la théologie et rue du Fouarre pour les arts
libéraux. Mais, à partir du XIVe siècle, apparaissent
dans ces collèges des cours parallèles à ceux
de la faculté des Arts pour enseigner des disciplines nouvelles
comme la philosophie nominaliste, la rhétorique et les sciences
expérimentales. En raison de ses origines, de l’évolution
des connaissances et du nombre de ses boursiers, l’institution
navarriste a, dès le départ dans ses murs, des maîtres
spécialisés.
La notoriété du Collège de Navarre dans la
seconde moitié du XIVe siècle conforte cette hypothèse.
L’établissement est dirigé, dès les origines,
par un grand maître supervisant les études des pensionnaires.
La charge est souvent remplie par des personnalités de premier
plan. Parmi elles, Nicole Oresme, premier traducteur d’Aristote,
le théologien Pierre d’Ailly et l’humaniste Jean
Raulin qui fait construire une importante bibliothèque. Le
Collège a aussi des élèves célèbres.
Parmi eux : Jean Gerson, Jacques Amyot, le cardinal de Richelieu,
Jacques-Bénigne Bossuet (2), Condorcet et André Chénier.
Grâce à la protection royale et à son système
pédagogique autonome, le collège de Navarre est le
foyer du premier humanisme français dans la seconde moitié
du XIVe siècle et au XVe. À la fin de la guerre de
Cent ans, il adhère au parti armagnac et son attitude lui
suscite une opposition dans l’université majoritairement
favorable à la faction bourguignonne.
À la veille de la Révolution, c’est l’un
des établissements parisiens les plus avancés pour
l’enseignement de la science moderne, telle qu’elle
a été conçue par Newton. Dès juillet
1752, Louis XV y a effectivement créé une chaire de
physique expérimentale. Supprimé à la Révolution,
le Collège de Navarre voit ses locaux affectés à
l’École polytechnique par Napoléon en 1805.
Polytechnique y profite de l’équipement scientifique
acquis au XVIIIe siècle.
1. Sur Thibault IV le Chansonnier, voir
Célébrations nationales 2003
2. Voir : Bossuet :
Célébrations nationales 2004
André Tuilier
directeur honoraire
de la bibliothèque de la Sorbonne

Collège de Navarre, ancienne entrée
de l’École polytechnique
démolie en 1811, rue de la Montagne Sainte-Geneviève,
gravure © Selva / Leemage
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