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programme des manifestations
Quand il monte à la tribune de l’Assemblée nationale,
le 17 juin 1954 vers 15 heures, pour solliciter l’investiture
du gouvernement que le président Coty l’a chargé
quatre jours plus tôt de former, Pierre Mendès France
est, à 47 ans, un homme d’expérience. Il a même
celle de l’épreuve qu’il aborde ce jour-là.
Un an plus tôt, le précédent chef de l’État,
Vincent Auriol, lui avait confié la même mission, mais
il lui avait alors manqué 13 voix pour être investi.
Celui qu’à l’exemple du journal l’Express,
son plus notoire porte-parole, chacun va appeler « PMF »,
est une figure de la vie politique française (où il
est entré dans les rangs du parti radical) depuis près
de vingt ans. Plus jeune député de France en 1932,
il a été appelé – dès 1938 –
par Léon Blum à faire partie de son deuxième
gouvernement comme secrétaire d’État au budget.
Arrêté par Vichy, condamné pour « désertion
» alors qu’il a fourni toutes les preuves de son acharnement
au combat en 1940, évadé de la prison de Clermont-Ferrand,
il a combattu dans l’aviation des Forces françaises
libres avant d’être fait par le -général
de Gaulle ministre de l’Économie nationale de son gouvernement
-provisoire. En désaccord avec l’homme du 18 juin sur
la stratégie financière après la Libération,
il a démissionné en mars 1945, non sans recevoir un
vibrant hommage de son chef de file.
Depuis avril 1945, il est à la fois représentant de
la France au Fonds monétaire international, et avocat, au
Palais Bourbon, d’une politique conduisant, par la négociation,
à la fin de la guerre d’Indochine. Car selon lui, ce
conflit impose à la France un fardeau qui interdit son redressement.
C’est cette prise de position inflexible qui a détourné
le président Auriol, jusqu’en 1953, de l’appeler
à la tête du gouvernement, sachant qu’il en est
le plus digne, sa politique indochinoise n’ayant pas de majorité
à la Chambre. Mais entre-temps, il y a eu la défaite
de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, 32 jours avant la séance
d’investiture et l’ouverture d’une conférence
à Genève, réunie en vue de la recherche de
la paix. La voix de Cassandre, qui n’était pas entendue
avant le désastre, apparaît comme celle du Sage, de
l’indispensable syndic de faillite.
Pierre Mendès France ne voudrait pas se laisser enfermer
dans ce rôle. Il a bien d’autres projets. Mais il sait
bien que c’est pour cela qu’il a été appelé,
et que c’est sur ce terrain qu’il lui faut se battre.
Il va le faire avec un esprit de -décision et une imagination
tactique exceptionnels : a) en faisant connaître à
la Chambre que s’il n’a pas obtenu à la Conférence
de Genève le cessez-le-feu dans un délai d’un
mois, le 20 juillet, il remettra la démission de son gouvernement
après avoir envoyé le contingent français sur
le front indochinois ; b) qu’au moment du décompte
de la majorité nécessaire, il ne tiendra pas compte
des 71 voix du parti communiste (5 millions d’électeurs,
alors …) qui vient de lui apporter son soutien : car il estime
que ces suffrages émanent d’hommes trop liés
à l’adversaire pour que le compromis recherché
ne soit pas entaché de suspicion, et n’encourage ses
interlocuteurs à une intransigeance accrue.
Le fait est que cet apport de voix ne lui sera pas nécessaire
pour obtenir, aux premières heures du 18 juin 1954, une très
confortable majorité : 419 bulletins sur 466. Le mandat est
clair, et le soutien de l’opinion massif, comme en témoignera
la presse du lendemain, qui salue, avec André Siegfried,
cet audacieux « ultimatum lancé à soi-même
». Les militaires surtout, connaissant l’état
désastreux des positions françaises en Indochine,
se félicitent de la brièveté des délais
ainsi imposés aux négociateurs, ceux qui parlent au
nom de la France ne disposant, selon l’un d’eux, que
« du 2 de trèfle et du 3 de carreau ».
On sait que le cessez-le-feu fut signé à Genève
le 21 juillet 1954 à 3 heures du matin, ouvrant la voie à
un partage provisoire du Vietnam (qui devait se prolonger pendant
20 ans). Rentrant à Paris, le président du Conseil
se garda d’exprimer le moindre triomphalisme, parlant des
clauses « cruelles » auxquelles il avait fallu consentir.
Mais l’approbation de l’opinion fut aussi massive que
celle de l’Assemblée.
Restait, après cette chirurgie nécessaire, la cure
de vérité et d’énergie qu’exigeait
la situation du pays. Le praticien avait son plan mais la majorité
de la classe politique ne l’avait soutenu qu’en tant
que négociateur. Elle devait bientôt faire défaut
au reconstructeur.
Jean Lacouture
journaliste-écrivain

Passation des pouvoirs à Matignon : Pierre
Mendès France devient président du Conseil
juin 1954
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