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programme des manifestations
Ce médecin – passionné de mécanique –
devait consacrer sa thèse aux « Recherches sur la circulation
du sang à l’état sain et dans les maladies »
(1859). Plus tard, en 1873, il publiera La
Machine animale, Locomotion terrestre et aérienne.
Il s’agit toujours, avec lui, de comprendre le fonctionnement
des « Moteurs animés ». Marey s’oriente
vers « La Méthode graphique » qu’il a,
en effet, mise en œuvre afin de pouvoir enregistrer –
au moyen de récepteurs – les déplacements internes,
parfois imperceptibles, parce que rapides.
Marey a su à la fois capter, puis translater et enfin inscrire,
ou encore prendre – conduire – déposer (sur une
feuille de papier ou un cylindre). Il triomphe grâce à
sa subtile machinerie (sphygmographe mais aussi pneumographe, cardiographe,
etc.) ni trop écrasante ni trop légère. Il
s’avise en conséquence de l’énergie des
déplacements internes, de leur vitesse, de leur fréquence,
de leur rythme. Il entend dépasser les résultats des
physiologistes qui, pour aller à l’intérieur
du vivant, recourent à la méthode sanglante : il s’empare
au dehors des manifestations essentielles de la vie.
Second Marey : délaissant la physiologie interne, il s’ouvre
à la locomotion, plus généralement au cinétisme
(la course du cheval, le vol des oiseaux, les vibrations de la mouche,
le déplacement de l’athlète).
Il ne va pas cesser de perfectionner son attirail, remplaçant
le strictement mécanique (des bracelets, des ceintures, un
sabot pneumatique sous les pieds du cheval au galop) ou encore les
insuffisantes empreintes laissées sur le sol, par des enregistreurs
électriques, puis, enfin, par des chimiques, ce qui nous
vaudra, in fine, le fusil photographique,
avec ses plaques sensibles tournantes.
Pour mieux réussir ses prises (fin 1878), Marey, à
l’aide de sa quasi-caméra portative (des prélèvements
d’instantanés à indications continues, car n’est
pas visée une simple prise de vue), multiplie les épreuves.
Il a encore enduit de noir l’oiseau ou le coureur –
un noir sillonné de raies brillantes – afin de diminuer
le temps de pose.
Troisième Marey, le savant généralise encore
son champ d’examen : il retient les turbulences, l’agitation,
le flexueux, – aussi bien une eau qui s’écoule
à toute vitesse (les vagues de la mer) que les remous ou
les fumées qui tourbillonnent ou les volutes ou les chocs
ou même les lignes de force d’un quelconque champ magnétique.
Marey rejoint ouvertement le monde des artistes – ceux de
l’école italienne (le futurisme) et ceux de l’Abstraction
mais qui s’attachent au cinétisme, – les seuls
tumultes, les stries, les vibrations.
Trois remarques alors s’imposent :
1) Marey mérite de prendre place à côté
de ses contemporains, Claude Bernard et Louis Pasteur ;
2) à son insu, il ouvrait le chemin qui conduit au XXe siècle
: il célébrait la vitesse et, à travers elle,
ce qui la favorisait, l’aviation et la caméra portative
;
3) enfin, comme nul autre, il a su joindre une science rigoureuse
et le domaine de l’art, tous deux voués, selon lui,
aux sortilèges de la transcription représentative.
François Dagognet
philosophe,
professeur émérite à l’université
de Paris 1Panthéon-Sorbonne

Photographie : atelier de Nadar - 1896
Médiathèque de l’architecture et du patrimoine,
D.A.P.A., M.C.C.
© médiathèque de l’architecture et du patrimoine

Etienne-Jules Marey
Saut de l'homme en blanc
Chronophotographie sur plaque fixe vers 1887
© Couval/musée Marey-Beaune
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