Célébrations
nationales 2004
Littérature et sciences humaines
Le 30 novembre 1204, Samuel ben Juda
Ibn Tibbon termine dans le Languedoc à Lunel (1) Moreh Nebukhim,
traduction en hébreu de Dalalat al Haïrin (Le Guide
des Égarés – ou des Perplexes –), traité
arabe en caractères hébraïques de Moïse
ben Maïmon dit Maïmonide. L’arabe est lingua franca
sur les rives de la Méditerranée mais l’usage
de ses caractères est prohibé pour les infidèles
; l’hébreu est l’une des deux langues savantes
de l’Europe occidentale. Quelques jours plus tard, le 13 décembre
1204, Maïmonide quitte ce monde. Sa dépouille mortelle,
transportée en Terre sainte, est inhumée à
Tibériade où sa sépulture a été
récemment restaurée. Son œuvre majeure, la seule rédigée en hébreu, le Mishne Tora, Répétition de la Loi, offre en quatorze livres un compendium du Talmud dans une langue claire, délaissant les discussions, les protagonistes, les sources, pour ne retenir que la norme. Selon Abraham Heschel, Maïmonide entend prouver la tradition rabbinique. Une interprétation historique voit plutôt dans son entreprise un effort pour restaurer les foyers du judaïsme anéantis par le déluge almohade à l’échelle d’un continent. Dans cet esprit, il formule les treize principes de la foi juive qui entreront dans la liturgie grâce à l’hymne Yigdal (qu’Il soit exalté) composé vers 1300 par Daniel ben Juda de Rome. Premier codificateur du judaïsme,
Maïmonide est son philosophe par excellence. Il confronte surtout
la philosophie d’Aristote (transmise par les commentateurs
arabes et de son temps par Averroës) aux données de
la révélation. Rejetant les thèses d’Aristote
sur l’éternité du monde, il bâtit avec
son Guide des Égarés la première synthèse
occidentale entre raison et révélation. Une tradition controuvée prétend
même qu’en 1231 le clan anti-maïmonidien intrigue
si bien auprès des dominicains qu’ils livrent au feu
les écrits de Maïmonide. Le conflit reprend de plus
belle entre 1303 et 1306, se généralisant autour de
la licéité des études philosophiques. Certains
thèmes maïmonidiens, comme la distinction entre les
principes nécessaires au commun et leur entendement par les
élites, les attributs négatifs de la divinité,
les cinq théories de la Providence deviennent des acquis
définitifs et l’œuvre tant -halakhique que philosophique
de Maïmonide triomphe dans la longue durée au sein de
la diaspora en son entier.
Gérard Nahon
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