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programme des manifestations
Personnage inattendu, Lyautey a fait de sa vie une aventure à
la fois personnelle et indissociable d’une période
de l’histoire de France elle-même exceptionnelle. Humiliée
par la défaite de 1870, la France se cherche un nouveau destin.
Elle le trouvera dans l’affermissement progressif de la République,
d’une crise à l’autre, de l’affaire Dreyfus
à la question des congrégations, en passant par le
boulangisme et le scandale de Panama. Mais dans le même temps,
la France se lance dans l’aventure coloniale malgré
l’opposition d’une partie de l’opinion et de la
grande majorité des cadres de l’armée qui n’a
d’yeux que pour la reconquête de l’Alsace-Moselle.
Grâce au courage de quelques-uns, s’ouvre l’une
des pages les plus riches, les plus intenses et les plus controversées
de notre histoire : la colonisation et la constitution de l’Empire
colonial, célébré en grande pompe lors de l’exposition
internationale de 1927, organisée par l’un de ses plus
illustres promoteurs, Hubert Lyautey, maréchal de France.
Homme de passion et d’action qui « se ronge et se corrompt
hors de l’action productrice », Lyautey apparaît
comme l’un des grands artisans d’une œuvre colonisatrice,
certes violente et parfois tragique, mais empreinte, sous son influence,
d’un humanisme sincère et d’un réel souci
de développement des peuples.
Il restera dans les mémoires comme « l’homme
du Maroc », sans aucun doute l’œuvre la plus remarquable
de l’histoire colonisatrice européenne. L’Afrique
du Nord est très tôt pour lui une véritable
passion, depuis ce voyage qu’il effectue en Algérie
à sa sortie de l’école de Saint-Cyr. Il y retourne
peu de temps après, lorsque, affecté au 2e Hussard,
son régiment est muté à Oran. Jugeant durement
l’administration coloniale, il observe que « tant que
nous ne reviendrons pas à un système plus civilisé
(…), les insurrections se renouvel-leront » ; il n’a
alors que 27 ans.
Là-bas, il multiplie les contacts avec la
population. Il apprend l’arabe et se passionne pour l’Islam.
Fuyant la routine des garnisons, Lyautey embrasse résolument
la carrière coloniale, alors méprisée par toute
la hiérarchie militaire. Sa passion le pousse d’abord
à Hanoi puis à Madagascar où, sous les ordres
de Joseph Gallieni, il entreprend son œuvre de bâtisseur
et d’administrateur. C’est donc un homme à l’expérience
inégalée qui est nommé résident général
au Maroc en 1912. La tâche s’avère difficile
: le pays n’est pas encore pacifié et la population
reste hostile à la France. Mais, renversant les logiques
de son temps, Lyautey adopte une démarche originale : nommé
pour asseoir la domination française sur le tout nouveau
protectorat, il s’attache à restaurer l’autorité
de la monarchie marocaine, reconstruire l’État du Maroc
et le doter de structures politiques et économiques modernes.
De l’instruction publique à l’exploitation
des mines de phosphate en passant par le chemin de fer et le port
de Casablanca, le pays en sera, 15 ans après, transformé
de fond en comble. Aussi est-ce une foule nombreuse et émue
qui accompagne Lyautey lors de son départ définitif
pour la France le 10 octobre 1925. Chargé alors d’organiser
l’Exposition coloniale internationale de 1927, le maréchal
reçoit -l’hommage du futur Mohamed V en ces termes
: « Je viens saluer ce grand Français qui a su conserver
les traditions ancestrales du Maroc tout en y introduisant la modernité
». De là naîtront des liens indissolubles entre
la France et la monarchie marocaine.
Homme libre et fin lettré, ouvert, de tempérament
généreux et moderniste, Lyautey accompagnera naturellement
les mouvements de la pensée et des mentalités dans
la France de ce début de XXe siècle. D’origine
aristocratique par sa mère, le jeune Lyautey affiche d’abord
des opinions profondément monarchistes avant de s’en
éloigner pour servir fidèlement la République.
Élevé dans un catholicisme traditionaliste, Lyautey
abandonne bientôt toute référence à -l’Église
et professe des convictions humanistes fondées sur le respect
des croyances de chacun. Militaire à la culture classique,
il adoptera vite une position très « progressiste »
qu’il exprimera dans un article retentissant intitulé
Du rôle social de l’officier dans le service universel
où il souligne la mission que doit jouer l’armée
dans l’éducation des jeunes.
En pleine tourmente antisémite, Lyautey reste sceptique face
aux accusations dont est victime le capitaine Dreyfus et discerne
à cette occasion « la pression de la soi-disant opinion
de la foule ». Déçu par son expérience
en tant que ministre de la Guerre où il n’a pas été
en mesure d’imposer ses idées, il aura su pressentir
les conflits futurs issus du traité de Versailles, fruit
selon lui « de tous les emballements irréfléchis
». Tel est Hubert Lyautey, soldat exceptionnel, patriote passionné,
colonisateur de génie. Il restera l’une des grandes
figures de notre histoire contemporaine.
Hervé de Charette de La Contrie
membre du Conseil d’État
ancien ministre
maire de Saint-Florent-le-Vieil

Le Maréchal Lyautey
Philipe Alexis de Laszio, huile sur toile - 1929
Musée du quai Branly - © RMN / Arnaudet