Commentant les tombeaux des personnes
illustres enterrées à Saint-Germain-l’Auxerrois,
l’historien de Paris Henri Sauval saluait en -Lemercier, un
an après sa mort, « le premier architecte de notre
siècle ».
Dix ans plus tôt, Philippe de Champaigne signait un portrait,
où l’architecte était peint à mi-corps,
sous un portique à colonnes où s’encadrait la
façade sur cour de la chapelle de la Sorbonne, son chef-d’œuvre
tout juste achevé. Nous connaissons une médaille d’
Androuet du Cerceau, un portrait gravé de Delorme (et d’autres),
mais ce tableau, le plus ancien portrait peint d’un architecte
français qui ait été conservé, témoigne
de la conscience nouvelle de la place des architectes et de l’architecture
dans la culture française.
Issu d’une dynastie de maîtres maçons de Pontoise,
après un séjour de plusieurs années à
Rome, Lemercier s’impose comme le successeur de Salomon de
Brosse (mort en 1626) au service de la reine-mère, Marie
de Médicis, au Louvre et au Luxembourg, puis comme l’architecte
du cardinal de Richelieu (palais Cardinal, ville et château
de Richelieu, chapelle de la Sorbonne, etc.), comme de plusieurs
de ses “créatures”. Premier architecte du roi
à partir de 1638 sous le ministère de Sublet de Noyers,
il dirige la relance des travaux du Louvre (pavillon dit de l’Horloge).
Sous la régence d’Anne d’Autriche, il est appelé
à conduire les travaux du Val-de-Grâce, lorsque la
reine écarte François Mansart.
Marqué par la tradition familiale (stéréotomie
des voûtes dans la grande salle du Louvre), par la leçon
de Salomon de Brosse (Richelieu est une variation spectaculaire
sur le Luxembourg), par ses expériences romaines (églises
de l’Oratoire, de la Sorbonne, de Richelieu et de Rueil),
plus professionnel que Le Muet, moins inventif que Mansart, moins
affairiste que Le Vau, Lemercier contribue à l’épuration
du style architectural de la Renaissance, mais il joue aussi un
rôle décisif, moins connu, dans l’évolution
du jardin français avant Le Nôtre (jardins de Montjeu,
de Richelieu et de Rueil).
Claude Mignot
professeur à l’université de Paris IV - Sorbonne

Jacques Lemercier devant la chapelle de la Sorbonne
construite
entre 1635 et 1653
Philippe de Champaigne, huile sur toile
Châteaux de Versailles et de Trianon
© RMN / Gérard Blot