Avant-propos Préface Les auteurs communiqué
    SOMMAIRE  
Autres anniversaires Union européenne régions Orientation bibliographiques Index alphabétique repères chronologiques

Célébrations nationales 2004
Sciences et techniques

Laennec soutient sa thèse de docteur en médecine
Paris, 11 juin 1804 (22 Prairial an XII)

« Les propositions sur la doctrine d’Hippocrate relativement à la médecine pratique »
Aucune activité, dans sa théorie ou sa pratique, ne bénéficia autant des excès de la Révolution que la médecine. Les universités closes, les enseignants pourchassés, les sociétés savantes dissoutes, le droit d’exercer donné à qui voulait, plus rien ne subsistait du vénérable, mais si éculé « Art de Guérir ». L’épisode de la Terreur terminé, la situation ne pouvait pas mieux se prêter à la création de structures nouvelles où allait se concevoir et s’épanouir un état d’esprit également nouveau dans l’approche du malade et de la maladie. Dès 1795, Fourcroy, Cabanis et Chaptal s’y attelaient, tous trois donnant à Corvisart les moyens de mettre en place, à partir des confrontations anatomo-pathologiques, la médecine hospitalo-universitaire qui allait porter bientôt, pour près d’un siècle, le nom d’École de Paris. Parmi les élèves formés par ce dernier dominent Gaspard-Laurent Bayle (1774-1718) et René-Théophile Laennec (1781-1826) – autant qu’on puisse employer cette expression pour le second dont la petite taille était proverbiale.


Dans sa thèse soutenue en 1802, Bayle, à partir du « point fixe » qu’est l’autopsie, fait prendre au diagnostic dans les maladies mortelles un véritable tournant. De Laennec, qui vient à lui seul de rafler plus de la moitié des prix du concours général de médecine institué en 1803, chacun attend une démons-tration aussi étincelante, d’autant qu’il est fortement question de les nommer tous deux à la Société de l’école de médecine de Paris. Il s’agit là d’un cénacle créé en 1799, qui associe aux professeurs de l’école et à diverses personnalités quelques jeunes docteurs au diplôme à peine sec mais déjà considérés par leurs anciens comme devant devenir les meilleurs de la profession. « Cette société est la seule, après l’Institut, qui soit fondée et appuyée par le gouvernement » (1) commente Laennec avec une juvénile fierté.

Mais, pour que cette promotion puisse se réaliser, il doit auparavant soutenir sa thèse et cela assez rapidement. Or, il est dans sa nature de viser haut, très haut même. Puisque la nouvelle médecine jette à la voirie tout le fatras accumulé durant des siècles de connaissances purement livresques et n’hésite pas à égratigner Hippocrate, s’interrogeant même sur son existence (2), Laennec décide de voler au secours du père -fondateur. Face à un jury réuni par Corvisart et où siègent entre autres Pinel et Boyer, il va démontrer que la recherche des signes cliniques alors prônée par tous n’est que le prolongement de cette priorité absolue que donnait Hippocrate à l’observation du malade.


Mais « avec la vigueur d’une tête bretonne », tel qu’il se décrit lui-même, le candidat n’en prendra pas moins quelques distances avec le père fondateur, lui reprochant d’avoir privilégié les signes communs menant au pronostic par rapport aux signes spécifiques propres au diagnostic. La définition des signes « pathognomomiques » qu’auprès de lui décrira bientôt Landré-Beauvais (1809) s’inscrit en filigrane dans ce passage de la thèse.
Celle-ci à peine soutenue, Laennec sera comme prévu appelé avec Bayle à la Société de l’école et une quinzaine d’années s’écoulera encore avant la découverte du stéthoscope. Pourtant, dès ce moment-là, Hallé, connu pour la justesse de ses intuitions, confiait à tous les Bretons qu’il croisait : « s’il continue à travailler comme il travaille, (votre compatriote) peut devenir le premier médecin de l’Europe. »

1. Laennec, lettre à son père, 4 mai 1804.
2. Thèse de Boulet, Paris, 23 janvier 1804 (2 pluviôse an XII).

Jean-François Lemaire
docteur en médecine
docteur en histoire
grand Prix 1999 de la Fondation Napoléon

Fac-similé de l’exemplaire personnel de la thèse de Laënnec, - coll. part. - © service photographique du CHAN
Fac-similé de l’exemplaire personnel de la thèse de Laënnec
En 1923, cette exemplaire auquel celui-ci avait par la suite apporté de multiples annotations en vue
d’une refonte que sa mort l’empêcha de faire, se trouve en la possession
du Pr Maurice Letulle (1856-1929), phtisiologue parisien de haute
réputation mais en l’occurrence « admirateur passionné de son auteur ».
Considérant que cet ensemble « méritait mieux qu’un dépôt banal dans l’une de nos bibliothèques »,
Letulle en fit exécuter à ses frais un fac-similé d’une exceptionnelle qualité,
tiré à quelques centaines d’exemplaires. L’original se trouverait toujours aujourd’hui dans sa descendance.
- coll. part. - © service photographique du CHAN

Direction des Archives de France
Délégation aux Célébrations nationales
56, rue des Francs-Bourgeois - 75003 Paris
Renseignements : 01 40 27 62 01