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programme des manifestations
Issu d’un milieu modeste (un père employé et
une mère cuisinière), Léon -Jouhaux abandonne
à 15 ans une scolarité prometteuse et entre à
la manufacture d’Aubervilliers. Il fréquente les milieux
libertaires, milite à la C.G.T. où il devient représentant
fédéral des allumettiers. C’est un militant
discret (1906-1909), ce qui contribue à son élection
à la tête de la C.G.T. en 1909. Considéré
comme le « porte-parole » de Victor Griffuelhes, son
prédécesseur, Léon Jouhaux s’inscrit
d’abord dans la continuité du syndicalisme révolutionnaire
qu’il modère à petites touches. Il consolide
l’organisation confédérale tout en restant réservé
à l’égard de la S.F.I.O.
Durant la Première Guerre mondiale, Léon Jouhaux et
la majorité de la C.G.T. abandonnent leur discours révolutionnaire
et, dans le cadre de l’Union sacrée, se réorientent
vers « la politique de présence ». Août
1914 ouvre la seconde phase de l’histoire de la C.G.T. et
façonne un nouveau Jouhaux qui prend conscience de la force
de l’État et de la complexité de l’économie
; il en sera marqué jusqu’à sa mort.
Après 1918, il affronte les conséquences résultant,
pour le mouvement syndical, du conflit mondial et de la Révolution
russe. Fin 1921, il ne peut empêcher la scission de la C.G.T.
: durant quinze ans, la C.G.T. « confédérée
» animée par Jouhaux s’oppose à la C.G.T.
« unitaire », des communistes. Il défend, sans
grands résultats, « la politique de présence
», tout en gagnant peu à peu une stature internationale
par son action au Bureau international du -travail. En 1935, pour
répondre à la crise économique, il propose
un -programme de la C.G.T. reposant sur la notion d’un Plan
de l’économie.
À partir de 1934, l’unité syndicale devient
envisageable et Léon Jouhaux y est favorable. Reconduit à
la tête de la C.G.T. lors de sa réunification en mars
1936, il représente le courant majoritaire. Mais la victoire
de la gauche aux -élections législatives en mai puis
les grèves qui suivent modifient la donne. -Jouhaux refuse
toute participation de la C.G.T. au gouvernement puis participe
aux accords Matignon (7 juin 1936) : relèvement des salaires,
statut des conventions collectives, semaine de 40 heures et congés
payés, votés peu après. -Toutefois, la progression
de la C.G.T. se fait principalement au profit des -unitaires. Puis,
l’évolution du contexte international contribue à
affaiblir la -position de Léon Jouhaux dans une C.G.T. divisée
en unitaires, confédérés et pacifistes.
La guerre venue, après avoir vécu la nouvelle scission
de la C.G.T. (septembre 1939), il se réfugie dans le Midi.
Arrêté un an plus tard, il est mis en résidence
forcée à Cahors, à nouveau arrêté
en novembre 1942, livré aux -Allemands en mars 1943 et interné.
Libéré en mai 1945, il reprend, formellement, sa place
à la tête de la C.G.T. Toutefois, il symbolise une
génération en perte de vitesse devant la progression
communiste. Il doit subir une troisième scission de la C.G.T.,
qui entraîne la création de Force ouvrière.
Élu président de cette nouvelle confédération,
il suit d’assez loin son activité et se concentre sur
son action internationale.
D’Aubervilliers à l’Organisation internationale
du travail, le parcours de Léon Jouhaux a été
considérable. Ce tribun, bon orateur, qui a peu écrit
mais qui savait écouter, « sentir » un milieu
syndicaliste qu’il connaissait parfaitement a très
fortement marqué de son empreinte le syndicalisme de notre
pays.
Michel Dreyfus
directeur de recherches au C.N.R.S

Léon Jouhaux à son bureau
Institut CGT d’histoire sociale – Montreuil
© Photothèque Institut CGT d’histoire sociale