Célébrations
nationales 2004
Littérature et sciences humaines
J’ai lu Histoire d’O peu de temps après sa parution et cela a été un choc pour la jeune femme que j’étais alors. Par la suite, j’ai relu ce roman presque chaque année, durant dix ans, puis deux ou trois autres fois depuis, découvrant lors de ces nouvelles lectures des choses qui m’avaient échappé. Je me souviens qu’à l’époque, je ne comprenais rien à O, sa soumission aux désirs de son amant m’était insupportable : il a fallu, qu’à mon tour, je sois amoureuse, pour -comprendre jusqu’où on pouvait aller pour l’amour d’un homme. Aussi, lorsque Jean-Jacques Pauvert me proposa de rencontrer cet auteur mythique, j’acceptai avec joie et avec une certaine appréhension. Dès notre première rencontre, je fus séduite par Dominique Aury, par sa gentillesse et sa simplicité. J’étais surprise qu’elle
fût si éloignée de l’idée que je
me faisais d’un écrivain ayant écrit un livre
aussi dérangeant. Rien en elle ne révélait
« l’érotomane » qu’elle était
en réalité ; elle cachait bien son jeu. Son apparence
discrète lui permettait d’aller plus loin dans la découverte
de l’érotisme sans que cela puisse choquer qui que
ce soit. Cela me troubla et me donna à réfléchir.
Au fil des ans, notre amitié se développa et elle
accepta de répondre à mes questions sur l’origine
d’Histoire d’O et pourquoi
elle l’avait écrit ; cela donna O
m’a dit, un livre cher à mon cœur. Pendant de
longues heures, elle répondit à mes questions ne cachant
rien de ses fantasmes ni de ceux de cet amant pour lequel elle avait
écrit ce livre qu’elle savait devoir le troubler et,
peut-être, l’effrayer. « Je voulais qu’il
m’aime malgré ça », me disait-elle avec
cette fierté dans la soumission qui la faisait ressembler
à son héroïne. J’étais agacée
par tant de docilité face aux humiliations qu’imposait
sir Stephen à O ne comprenant
pas que ce fût dans la servitude qu’O
était grande et dominait son amant.
Régine Deforges
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