> programme
des manifestations
Établie dès le XVIIe siècle dans la partie
occidentale d’Haïti (l’île aux -montagnes),
rebaptisée Hispaniola (la petite Espagne) par Christophe
Colomb, la colonie française de Saint-Domingue, où
l’on produisait du sucre et du café, était devenue,
à la veille de la Révolution, le modèle envié
de la colonisation européenne. Mais cette prospérité
reposait entièrement sur l’esclavage et la déportation
massive de centaines de milliers d’Africains.
Quand, en 1791, les colons voulurent secouer le joug de la métropole
qui se réservait leurs marchandises grâce au privilège
de l’Exclusif, les esclaves en profitèrent pour se
soulever et les « sang-mêlés » revendiquèrent
la citoyenneté française. Ils l’obtinrent en
1792, l’esclavage étant aboli sur place l’année
suivante, à la faveur de la guerre contre l’Angleterre
et l’Espagne.
Après s’être emparé du pouvoir, Napoléon
Bonaparte, une fois la paix rétablie en Europe, voulut abattre
son rival Toussaint Louverture, qui était devenu le chef
incontesté de Saint-Domingue et venait d’adopter une
constitution accordant l’autonomie à la colonie. Une
armée de vingt mille hommes débarqua en février
1802.
Malgré quelques succès militaires et l’enlèvement
de Toussaint Louverture, l’expédition française,
à laquelle le Premier consul demanda bientôt de rétablir
l’esclavage, fut décimée par la fièvre
jaune et se heurta à un peuple qui combattait pour sa liberté
et son indépendance. Banalisant la torture et les exécutions
sommaires, Leclerc, beau-frère de Bonaparte, et son successeur
Rochambeau s’enlisèrent dans une guerre d’extermination
de la population d’origine africaine qui aboutit à
la capitulation française du 19 novembre 1803. Le succès
de cette révolte d’esclaves était sans précédent
dans l’histoire.
Plus de douze ans après le soulèvement initial, les
compagnons de Toussaint Louverture et les « sang-mêlés
», proclamaient l’indépendance d’Haïti
le 1er janvier 1804. La France, ne retenant que le massacre des
Européens qui s’ensuivit, et se consolant dans l’exaltation
de nouvelles théories « raciales » à prétention
scientifique, garda jusqu’en 1825 l’espoir d’une
revanche. Elle y renonça finalement contre 150 millions de
francs-or, une indemnité écrasante censée rembourser
les anciens colons des esclaves et des terres qu’ils avaient
-perdus. Haïti, déjà saignée par la guerre,
mit plus de cent ans à s’acquitter de ce lourd tribut.
La France mit plus longtemps encore à pardonner à
ce jeune état antillais de lui avoir infligé sa première
défaite coloniale et à reconnaître que l’esclavage
était un crime imprescriptible contre l’Humanité.
Malgré tant de blessures, Haïti, république africaine
au cœur de l’Amérique, n’a jamais renoncé
à parler le français.
Claude Ribbe
écrivain

Carte politique de Saint-Domingue - 1803
Paris, CHAN, section des cartes et plans et de la photographie
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