EAvec ses 125 articles, l’ordonnance
de Montils-lès-Tours s’inscrit entre tradition médiévale
de la réformation et vision moderne de la réforme.
Son préambule, d’une exceptionnelle densité,
décline d’entrée la restauration de l’État
adossée à l’œuvre réparatrice de
Charles VII dans un royaume reconquis et reconstruit autour de «
nostre bonne ville de Paris » et d’un peuple dont la
« grande affliction et désolation » inspirent
« pitié et compassion ».
Elle dessine d’abord un nouvel ordre juridique royal conçu
autour d’une triple architecture bâtie sous l’œil
vigilant du souverain, mise en œuvre par son conseil et constamment
soumise au contrôle sagace du Parlement. Socle de cette architecture,
les « usages, stiles et coustumes » doivent être
mis par écrit, « décrétez et confirmez
» afin d’être « observez et gardez es pays
» comme de véritables lois, tandis que « les
ordonnances et observances anciennes de nos prédécesseurs
rois de France » constituent le corps toujours vivant de cet
-édifice, à condition de l’amender sans cesse
par voie d’ « ordonnances, statuz et establissemens
» destinés à couronner cette ambitieuse construction
juridique dont ils sont la tête.
Contraint ensuite de constater que la justice « a esté
moult abaissée et opprimée » et « considérans
que les royaumes sans bon ordre de justice, ne -peuvent avoir durée
», Charles VII procède à un profond remaniement
des structures judiciaires. Cœur de l’État, «
court de si grande auctorité, gravité, honneur et
renommée », le Parlement, décapité au
lendemain de son exil -poitevin, est remis en selle. Quinze conseillers
clercs et quinze conseillers laïques siégeront à
la Grand Chambre, sans compter ses présidents, tandis que
la Chambre des requêtes est rétablie avec cinq clercs
et trois laïcs et que la Chambre des enquêtes, qui compte
désormais vingt-quatre clercs et quinze laïcs, est scindée
en deux en vue de travailler mieux et davantage. Ce souci d’efficacité
transparaît partout. En raison « de la multitude et
affluence des causes », il convient « d’abréger
les litiges ». À une compétence rigoureusement
définie du Parlement correspond une limitation stricte des
voies d’appel et une réglementation tatillonne de la
procédure. À des avocats trop prolixes, il est demandé
« qu’ils soient briefs en leurs plaidoiries »
et à des juges quelque peu laxistes, ordre est donné
d’écrire à l’avenir « sentences
certaines et claires ».
L’ordonnance figure enfin les premiers contours d’un
statut des agents royaux. Rappelant nombre de principes posés
par le grand texte fondateur de 1254 et maintes fois repris depuis,
elle interdit fermement la vénalité des charges, rappelle
les incompatibilités liées à la parenté
et au lignage, affine les modes de recrutement en particulier pour
les baillis et leurs lieutenants, impose à tous les agents
une obligation de résidence, réglemente le temps de
travail et les conditions de rémunération en précisant
ce qu’il faut entendre par salaire, notion qu’en aucun
cas ne doit ternir la pratique tellement répandue des «
dons corrompables », si propres à « pervertir
le courage des jugeans ».
Ambitieux programme que des agents en position de pouvoir et une
opinion publique trop peu au fait de la « chose publique du
royaume » étaient mal préparés à
accepter, tandis que le temps n’était toujours pas
venu d’une mise par écrit de toutes les coutumes du
royaume de France, vaste entreprise dont la réalisation devait
encore se faire longtemps attendre.
1. Étienne FAJON, En feuilletant l’Humanité,
1904-1964, L’Humanité, 1964.
2. Max GALLO, Le grand Jaurès, Paris, Robert Laffont, p.360-361.
3. -Claude BELLANGER, Jacques GODECHOT, Pierre GUIRAL et Fernand
TERROU (dir.), Histoire générale de la presse française,
tome III : De 1871 à 1940, Paris, Presses Universitaires
de France, 1972, p.3754.
4. Marcelle AUCLAIR, La vie de Jaurès ou la France d’avant
1914, Paris, Seuil, 1954, p. 487.
Albert Rigaudière
professeur à l’université Panthéon-Assas.
Paris II
membre de l’Institut

Première page de l’enregistrement
de l’ordonnance
de Montil-lès-Tours par le parlement de Paris
Paris, CHAN, section ancienne
© service photographique du CHAN