Il prêcha, il confessa, il consola,
il mourut » : Alexandre Vinet résumait ainsi la vie
de Bourdaloue. Il fut en effet un modèle de discrétion
et c’est presque malgré lui que ce prédicateur
jésuite connut une immense célébrité.
Il fut surnommé de son vivant « le roi des prédicateurs
et le prédicateur des rois ».
Il naquit dans une famille de juristes et il fut baptisé
le 29 août 1632 à Bourges, où il fit d’excellentes
études au collège des Jésuites. Il décida,
à seize ans, d’entrer dans la Société
de Jésus et, après avoir exercé diverses charges
-d’enseignement dans des collèges de province, il révéla
ses talents de prédicateur. En 1669, il fut appelé
à prêcher à Paris. Désormais, il y résidera
presque sans discontinuer et jusqu’à sa mort son succès
ne se démentira pas. Dès 1670, il prononce son premier
avent à la Cour ; il y reviendra douze fois jusqu’en
1697.
Il faut insister sur le succès que connut ce prédicateur
pendant plus de trente ans, et dont témoigne Mme de Sévigné.
Un Vendredi saint, elle veut entendre Bourdaloue : « J’avais
grande envie de me jeter dans le Bourdaloue, mais l’impossibilité
m’en a ôté le goût : les laquais y étaient
dès le mercredi, et la presse était à mourir
». Le XVIIe siècle était bien « le temps
des beaux sermons »1.
Quelques légendes doivent être corrigées : Bourdaloue
ne prêchait pas les yeux fermés, et il ne fut jamais
considéré comme le rival de Bossuet. En effet, il
est monté en chaire à Paris au moment précis
où Bossuet, nommé précepteur du Dauphin, abandonnait
la prédication. Par ailleurs, Bourdaloue sera exclu-sivement
un orateur, un confesseur et un directeur spirituel.
Il reste que la vogue de ce prédicateur a été
exceptionnelle ; il a su faire l’unanimité autour de
sa spiritualité. Sainte-Beuve en a fourni une explication
en le définissant comme « le plus janséniste
des jésuites ». Certes, sa théologie ne doit
rien à Port-Royal, mais sa vie a été considérée
à juste titre comme la meilleure réponse aux Provinciales.
On peut d’ailleurs penser que sa prédication est un
des meilleurs exemples de la pastorale de la peur au XVIIe siècle.
Il prêche en effet un Dieu juste mais sévère,
qui châtie durement le pécheur. Le devoir essentiel
du chrétien est donc de fuir l’impureté et d’être
moralement impeccable.
Il faut redécouvrir Bourdaloue, dont l’œuvre témoigne
de ce qu’était l’éloquence du Grand Siècle
: éloquence logique, précise, qui entraîne irrésistiblement
vers son but. Elle nous renseigne aussi sur la vie spirituelle des
-chrétiens du temps, faite de gravité, de sérieux,
tendue entre l’espérance du salut et l’angoisse
de l’enfer.
Cette œuvre, d’une beauté sévère,
est un exemple parfait de cet « héroïsme de la
foi » qui caractérise les temps classiques.
Jean-Pierre Landry
professeur à l’université Jean-Moulin Lyon III
membre de l’Académie des sciences,
belles-lettres et arts de Lyon
1. F. Bluche

Portrait réalisé à partir
du masque mortuaire de Bourdaloue
(et qui est donc représenté les yeux fermés).
Jean Jouvenet
Alte Pinakotheck, Munich - © Alte Pinakotheck