Avant-propos Préface Les auteurs communiqué
    SOMMAIRE  
Autres anniversaires Union européenne régions Orientation bibliographiques Index alphabétique repères chronologiques

Célébrations nationales 2004
Vie politique et institutions
Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de Bonald
Château de Monna, près de Millau, 2 octobre 1754 – 23 novembre 1840

DLouis, vicomte de Bonald, est généralement cité en symétrie presque automatique avec Joseph de Maistre, comme l’un des maîtres à penser de la Contre-Révolution française, au travers d’œuvres comme Théorie du pouvoir politique et religieux (1796) ou La législation primitive (1802). Émigré en 1791, légitimiste opposé à la Révolution de 1830, pourfendeur du droit civil moderne, il n’est cependant pas un ultra parmi d’autres.

Au contraire de la plupart de ses amis politiques, et de de Maistre en particulier, de Bonald s’efforce en effet de reconstruire le système politique dont il était solidaire et dont il a vu l’effondrement à partir d’une argumentation qui se veut toute rationnelle. Ce retournement des armes de la Raison et du grand argument de la Nature contre la Révolution elle-même suppose qu’il existe bien des « lois -naturelles de l’ordre social » et pose l’homme comme « sujet social », socialisé par le langage.

C’est cette focalisation sur le langage comme attribut de l’humain et cette assimilation de l’état de nature à un état de culture qui font la relative modernité de la théorie bonaldienne, dont les conclusions politiques sont, par ailleurs, d’un radicalisme proprement « réactionnaire ». De ces prémisses de Bonald déduit en effet, de manière mécanique, la nécessité d’une monarchie autoritaire, exerçant un pouvoir sans partage sur ses « sujets » par le moyen d’un « ministère » qui se confond avec la seule noblesse, ramenée de surcroît à sa forme la plus terrienne. Avec sa roideur doctrinaire, de Bonald, né sous Louis XV et mort sous Louis-Philippe, témoigne surtout de l’étendue de la commotion intellectuelle suscitée par les Lumières et d’abord par Rousseau, face à laquelle il ne reste plus au camp opposé qu’à reconstituer un ancien régime imaginaire, pur et dur, dont la détermination divine, pourtant proclamée, paraît fragile.

Sa tentative en fait alors l’un des tout premiers d’une lignée qui donnera un siècle plus tard Charles Maurras et, plus près de nous, toute une branche, minoritaire, de la pensée de droite, plus précisément de la droite extrême.

Pascal Ory
professeur à l’université de Paris 1
Panthéon – Sorbonne
membre du Haut comité des célébrations nationales

© Bianchetti/Leemage
© Bianchetti/Leemage

Direction des Archives de France
Délégation aux Célébrations nationales
56, rue des Francs-Bourgeois - 75003 Paris
Renseignements : 01 40 27 62 01