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programme des manifestations
Après la mort de Jules Hardouin-Mansart
en 1708, c’est Germain Boffrand qui incarne le mieux la vitalité
de l’école française d’architecture, ses
possibilités de renouvellement, sa place dans l’évolution
du nouveau goût européen. Avec une souveraine aisance,
il maintient l’impératif monumental face aux développements
du décor « rocaille » qu’il souhaite cantonner
à l’intérieur de l’édifice, où
il le pratique d’ailleurs lui-même avec un art consommé.
Son indépendance tient au fait qu’il ne travaille pas
pour le roi de France, mais pour une clientèle d’amateurs
éclairés qui accueillent avec faveur ses propositions
novatrices. La souplesse et la commodité de ses plans et
élévations sont en effet destinées à
produire une architecture du plaisir de vivre.
Né à Nantes aux premières années du
règne personnel de Louis XIV, et fils d’architecte,
Boffrand fut introduit dans les milieux parisiens, ainsi qu’à
la cour de Versailles, par son oncle le poète Philippe Quinault.
Lettré, artiste, mais intéressé aussi par les
procédés de construction, la coupe des pierres, la
métallurgie et les nouvelles technologies (les projets de
machine à vapeur pour l’élévation des
eaux), il entre dans l’agence de Mansart dont il fut un collaborateur
apprécié, à l’Orangerie de Versailles
puis à la place Vendôme. Après avoir quitté
les Bâtiments du roi en 1699, il chercha à Paris sa
première clientèle. L’année suivante,
il construisit l’hôtel Lebrun qui dresse encore rue
du Cardinal-Lemoine sa masse monumentale soulignée d’une
frise de triglyphes et coiffée d’un fronton, mais dépourvue
de pilastres ou de colonnes, un parti conforme à la demeure
d’un grand bourgeois, selon le code des convenances.
Le succès vient vite et lui vaut des commandes des princesses
du sang et de princes étrangers, et il est reçu à
l’Académie d’architecture dès 1709.
Paris lui doit nombre de ses plus beaux hôtels particuliers,
dessinés avec autant de virtuosité que de diversité
: le Petit-Luxembourg (1709) bâti pour la princesse Palatine,
veuve du prince de Condé, l’hôtel Amelot (1710)
à l’étonnante façade concave drapée
de pilastres, rue Saint-Dominique, le palais de l’Arsenal
avec sa mâle ordonnance couronnée de canons (1712),
les hôtels de Torcy et de Seignelay (1713) dont les façades
jumelles se dressent au-dessus du quai d’Orsay devenu Anatole-France.
Arrêtons-nous sur les modifications apportées en 1735
à l’hôtel de Soubise au Marais, à la demande
du prince et de la princesse de Rohan-Soubise, aujourd’hui
occupé par le centre historique des archives nationales.
Ici, Boffrand a réalisé l’un des chefs-d’œuvre
du siècle de Louis XV. La reprise de l’architecture
extérieure de l’ancienne maison des Guise est discrète
mais ingénieuse par l’addition, en position de rotule,
d’un pavillon destiné à abriter les deux salons
ovales superposés dévolus au prince et à la
princesse. C’est une sorte de signal qui manifeste extérieurement
l’originalité des deux appartements, décorés
par les meilleurs ornemanistes, qui rivalisent de qualité
avec ceux que Gabriel et Verberckt réalisent pour Louis XV
à Versailles.
Les deux salons ovales, dont les grandes
baies s’inscrivent dans un jeu continu d’arcades, ont
créé un modèle unanimement célébré,
et maintes fois copié au XIXe siècle.
À Paris, Boffrand fait aussi acte d’urbaniste et d’ingénieur
des ponts et chaussées, il élabore des projets pour
restructurer et assainir le quartier des Halles, participe au concours
pour la place Louis XV (de la Concorde) et -programme une série
de travaux dans les Hôpitaux, à la Salpêtrière,
à Bicêtre, à l’Hôtel-Dieu. Le superbe
Hôpital des Enfants Trouvés qu’il avait élevé
dans l’île de la Cité a malheureusement été
sacrifié à l’agrandissement du parvis Notre-Dame.
Sa renommée lui permet de bâtir hors des frontières,
à la jonction de la France et de l’Empire, au cœur
de l’Europe des Lumières. Le duc Léopold de
Lorraine en fait son architecte et lui demande la reconstruction
de son château de Lunéville (1708-1709), si dramatiquement
ravagé par l’incendie de janvier 2003. Suivent le château
de la Malgrange, celui de Commercy, ainsi que le -château
d’Haroué bâti pour le prince de Beauvau (1710),
et de nombreux hôtels particuliers à Nancy. Le duc
Max-Emmanuel de Bavière lui commande les plans d’un
pavillon de chasse (Bouchefort), l’évêque de
Würzburg des dessins pour son palais épiscopal.
Apprécié pour sa culture, son commerce agréable
et sa force d’âme, Boffrand eut le bonheur de pouvoir
publier ses œuvres, gravées dans un Livre d’architecture
qui parut en 1745, et dans lequel il était conscient de délivrer
son message. Son collègue Patte a fait ainsi son éloge
: « Autant les idées de Boffrand étaient nobles
et élevées, autant sa manière de penser était
noble et désintéressée ».
Jean-Pierre Babelon
membre de l’Institut

Prise de vue extérieure du pavillon Boffrand,
Palais Soubise
(Archives nationales), Paris
© service photographique du CHAN