Une découverte scientifique est
le maillon d’une évolution basée sur des découvertes
antérieures, à l’inverse d’une œuvre
littéraire ou artistique dont l’inspiration est propre
à son auteur.
Lavoisier est reconnu comme le créateur de la chimie moderne.
Pourtant, s’il a étudié l’analyse, il
a ignoré la synthèse qui est l’opération
inverse : au lieu d’analyser un corps en le décomposant,
la synthèse recrée un corps à l’aide
de ses composants élémentaires.
La synthèse est le second volet de la chimie : elle est devenue
familière en partie grâce aux travaux d’un jeune
et déjà brillant chimiste, Marcelin Berthelot qui,
en janvier 1851, est nommé à 24 ans préparateur
du cours de chimie d’Antoine Balard au Collège de France.
Berthelot comprit très vite l’intérêt
de la chimie du carbone. À cette époque, on pensait
qu’un composé organique ne pouvait être créé
qu’en présence des êtres vivants, en quelque
sorte par leur action : on appelait cela, sans pouvoir mieux le
définir, la force vitale. Les
travaux de Berthelot, avec pour point de départ la préparation
synthétique des carbures d’hydrogène, vont ruiner
cette théorie et engager la synthèse dans une voie
d’avenir : celle de l’alcool méthylique, en 1854
– voilà seulement 150 ans – joua un rôle
fondamental puisque initial.
Cette synthèse montrait aussi l’étroite association
de la chimie minérale et de la chimie organique, c’est-à-dire
l’unité de la chimie.
Sa découverte conduisit Berthelot vers une longue suite d’autres
synthèses, toutes exécutées dans les laboratoires
du Collège de France.
Devenu quelques années plus tard professeur de chimie organique
au Collège de France, il réalisa la synthèse
de l’acétylène en associant le carbone et l’hydrogène
sous la puissance de l’arc électrique – l’électricité
était utilisée pour la première fois en chimie
– dans un appareil surnommé œuf de Berthelot.
Cette grande métamorphose de la matière en laboratoire,
cette « synthèse totale », ouvrit alors la voie
à d’immenses perspectives : depuis la création
d’engrais, de colorants, d’explosifs, de matières
plastiques jusqu’à la fabrication d’aliments,
de médicaments et de produits pharmaceutiques… Bien
d’autres synthèses -suivront, faisant apparaître
des séries de corps nouveaux, ignorés même dans
la nature.
Les découvertes de synthèses de Berthelot ont été
exploitées par l’industrie, toujours poursuivies et
développées afin de mieux répondre aux besoins
sans cesse plus exigeants des hommes.
Daniel Langlois-Berthelot

© Roger Viollet