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Célébrations nationales 2004

Vie politique et institutions

Alcuin
York, v. 730 – Tours, 19 mai 804

C’est à Parme, en 781, que Charlemagne retrouve un moine anglo-saxon qu’il connaît déjà et auquel il propose de le suivre. Le moine, qui passe la cinquantaine, s’était fait prédicateur contre l’hérésie des adoptianistes, mais il subjugue l’autodidacte qu’est le roi franc par la largeur de sa culture et par la lucidité de ses vues politiques. Il s’appelle Alcuin. Il n’est pas le seul à se faire ainsi recruter : le roi des Francs a compris qu’il lui fallait une élite intellectuelle pour transformer à la fois le pouvoir royal et la société. Avec Alcuin, le roi franc attire Paulin d’Aquilée, Paul le Diacre, Pierre de Pise, toutes gens qui lisent Horace et Juvénal, Tibulle et Térence. À peine est-il à la cour de Charlemagne qu’Alcuin devient le maître à penser du roi.


Il est l’un des héritiers de cette culture classique que l’Angleterre peut transmettre, plus pure que celle des clercs du continent où les siècles ont fait leur œuvre en la dénaturant. Évangélisée par des moines envoyés de Rome, l’Angleterre a reçu la culture antique – la langue, les œuvres, la pensée – sans passer par la tradition qui ajoute, retranche et déforme. Alcuin et ses semblables seront pour beaucoup dans le goût de la poésie latine que cultivera Charlemagne lui-même.
Théologien, il mène les combats contre l’adoptianisme qui aboutissent à la condamnation de l’hérésiarque Félix d’Urgel. Pédagogue, il mesure la nécessité d’une meilleure instruction des clercs, qui garantisse le succès des réformes liturgiques et des restaurations morales en quoi Charlemagne verra vite le ciment de l’unité des peuples qui lui sont soumis. Alcuin prêche d’exemple, et Tours lui devra d’être l’un des foyers les plus actifs de la première renaissance carolingienne.


Familier de Charlemagne, il le sera jusqu’à ses derniers jours, et même lorsque, l’âge aidant, il préférera s’attarder dans son abbaye de Saint-Martin de Tours que vivre à Aix-la-Chapelle la vie de cour. Sa correspondance – en prose mais surtout en vers – témoigne de l’ascendant qu’il continue d’exercer dans tous les domaines. C’est lui qui conçoit l’organisation d’écoles propres à former dans le monde laïc une élite intellectuelle qui procurera de meilleurs administrateurs. C’est encore lui qui révise à la demande du roi la traduction latine de la Bible, corrompue par des générations de copistes négligents. Mais il est aussi conseiller politique, voire inspirateur : quatre ans avant le couronnement -impérial de 800, il n’hésite pas à écrire les mots de « royaume impérial » et nomme déjà « l’Empire chrétien » dont l’idéologie sous-tend une nouvelle -relation entre le pouvoir souverain et le gouvernement de l’Église. Il jouera un rôle déterminant dans la définition de cet empire qui se voudra romain et sera chrétien.

Jean Favier
membre de l’Institut
président de la Commission française de l’UNESCO
membre du Haut comité des célébrations nationales

Alcuin présente Raban Maur à l’évêque de Mayence, Manuscrit carolingien, © Rue des Archives / The Granger Collection NYC
Alcuin présente Raban Maur à l’évêque de Mayence
Manuscrit carolingien
© Rue des Archives / The Granger Collection NYC

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