L’année 1804, marquée
par le succès des Poésies Galliques
d’Ossian, vit aussi, les influences insulaires s’élargissant
à l’archéologie, s’ébaucher autour
de Jacques Cambry une Académie Celtique.
Ce préfet érudit, après avoir défriché
le Finistère et l’Oise, va publier, en 1805-1806, sur
le culte des pierres, les druides, l’agriculture des Celtes
et des Gaulois. Un projet de cachet éclaire sur ce retour
aux origines, dans les ruines du « vandalisme révolutionnaire
» : au soleil levant, un coq (gallus)
déploie ses ailes sur une pierre levée dans un cercle
de six autres ; une touffe de gui jouxte la légende Vigili
uocat ore diem.
Dès 1811, cependant, les romanistes souhaitent une affirmation
des époques médiévales : deux ans plus tard,
l’intitulé se transforme donc en
Société des Antiquaires de France, l’antiquaire
étant, bien entendu, un savant et non le marchand décorateur
d’aujourd’hui. Le sens va de soi pour qui lit les statuts
qu’en 1829 Charles X donne à l’institution placée
sous l’égide de Minerve : elle devra poursuivre des
« recherches sur les langues, la géographie, la chronologie,
l’histoire, la littérature, les arts et les antiquités
celtiques, grecques, romaines et du Moyen-Âge mais principalement
des Gaules et de la nation française jusqu’au XVIe
siècle inclusivement ». Depuis 1854, grâce à
la générosité du Louvre, elle y siège
tous les mercredis dans le salon du Grand Écuyer. Autour
de la grande table, symbole d’une libre et courtoise discussion,
viennent s’asseoir universitaires et conservateurs du patrimoine,
tous désireux, par le texte ou l’objet, de rendre hommage
à la Gloria Maiorum.
Entre les deux pôles de l’Empire romain et de la France
capétienne, les présidents maintiennent une complémentarité
stimulée par la vitalité des musées : l’épigraphie,
les monnaies, les mosaïques mêlent leurs thématiques
à celles des cathédrales, des chartes, des enluminures.
Après la grande époque des sociétés
savantes, ses émules, dans la seconde moitié du XIXe
siècle, après une glorieuse « après-guerre
», celle des Jérôme Carcopino, Jean Hubert ou
Charles Samaran, l’institution perdure, forte de 55 membres
honoraires ou résidants, de plusieurs centaines d’associés
correspondants, de son Bulletin, de
ses échanges extérieurs. À nos contemporains,
mémorialiste bicentenaire, elle s’efforce de rendre
lisible leur environnement.
Jean-Pierre Callu,
membre de l’Institut,
vice-président de l’Académie
des inscriptions et belles-lettres

Emblème de la Société
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